Hold-up sur l’alimentation

Un recueil de textes de GRAIN (www.grain.or ) publié en partenariat avec le CETIM (www.cetim.ch).

Ce livre traite « surtout des transnationales, des stratégies et techniques qu’elles utilisent pour organiser, mais aussi pour contrôler la production alimentaire et sa distribution. Nous insistons sur les corporations parce qu’elles sont les acteurs principaux de l’expansion du système alimentaire industriel et parce que les impacts de leurs actions sur les populations et sur la planète nous inquiètent particulièrement. Le but attendu de ce livre est qu’il ne laisse aucun doute sur le fait que le développement de ces transnationales détruit d’autres systèmes alimentaires : ceux qui sont fondés sur les marchés locaux, sur les cultures et les savoirs locaux, sur la biodiversité et, surtout, sur les populations ».

Ces analyses reliant le contrôle alimentaire, l’appropriation des terres et la dégradation du climat sont plus qu’utiles. Les textes offrent un panorama large du « Hold-up sur l’alimentation » effectuée par les sociétés transnationales.

Je ne présente que quelques éléments au fil du sommaire.

Introduction « Il est temps de  »retirer du marché » les accapareurs de terres » et « Vingt ans de lutte pour les semences et la souveraineté alimentaire »

A : Agrobusiness

  • L’agrobusiness dans le monde : deux décennies de pillage. Les auteur-e-s montrent, entre autres, comment les industriels se sont introduits « en agriculture par le biais des intrants, en contrôlant les ventes de semences, d’engrais et de machines » ; comment les règles néolibérales « ont été imposé aux pays dans le monde entier, ouvrant la voie à une flambée d’investissements étrangers dans l’agrobusiness et à la mondialisation des systèmes alimentaires ». Elles/ils soulignent que « le prix des denrées alimentaires n’ont plus grand chose à voir avec l’offre et la demande et que la distribution est totalement déconnectée des besoins ».
  • La grande arnaque du lait. Il faut insister sur la place du lait frais dans l’alimentation des plus pauvres. Pour la France, Danone, Lactalis, Bongrain ou Bel participent à la spoliation des paysan-ne-s à travers le monde.
  • A qui profite la sécurité sanitaire des aliments. Les profits des entreprises contre la santé des populations. Animaux nourris avec des déchets provenant d’autres animaux, bactéries résistantes aux antibiotiques, perte de biodiversité, fermes gigantesques, concentration mondiale, etc. Sans oublier que « les grands distributeurs étrangers qui s’installent dans les pays du Sud sont en concurrence directe avec les marchés locaux et traditionnels. Au fur et à mesure qu’ils se développent, ils envahissent l’espace des petits vendeurs, négociants et marchés de producteurs, qui sont desservis principalement par des petits producteurs et vendeurs. Les pays en développement ne sont pas simplement des sites pour la production à l’exportation destinés aux chaînes d’approvisionnement des supermarchés de l’Occident. Ils deviennent également de plus en plus les consommateurs de ces marchés ». L’imposition de normes par les États du Nord concourent à l’éviction des petits producteurs. Il n’y a pas de neutralité « scientifique » dans la construction normative de la sécurité alimentaire. « Les normes de sécurité sanitaire des aliments jouent un rôle essentiel dans la justification de nouvelles formes de contrôle des entreprises, il est grand temps de réévaluer ce que signifie la sécurité alimentaire ».
  • Une nouvelle offensive dans le monde de la viande industrielle : les multinationales du Sud. Il faut à la fois analyser l’explosion de la consommation de viandes, ses conséquences sur la concentration des élevages et sur l’environnement (gaz à effet de serre). Sans oublier la perte de diversité dans les espèces d’animaux ainsi produits.
  • Révolution verte au Malawi : les dessous du  »miracle, dont les trois principales limites sont « la question pressante de l’accès à la terre, la dépendance d’intrants importés qui coûtent cher et l’impact de ces derniers sur les sols »
  • Pour en finir avec l’agriculture indépendante. L’empilement des lois ou des réglementations internationales combiné à l’action concrète des industries agroalimentaires et commerciales visent bien à détruire l’agriculture indépendante et imposer la nourriture-marchandise.

A : Alimentation et crise climatique

  • Alimentation et changement climatique : le lien oublié. Les auteur-e-s traitent des raisons de la déforestation (expansion des plantations industrielles), des conséquences de l’alimentation préparée, des gâchis « le système alimentaire industriel jette en effet en cours de route jusqu’à la moitié de toute nourriture produite », des gaz à effet de serre, des circuits de distributions longs. Ils proposent trois grands changements : « le premier serait de se tourner vers les marchés locaux et des circuits de distribution alimentaire plus courts, ce qui permettrait de réduire le transport et les besoins d’emballage, de transformation et de réfrigération. Deuxièmement, il faudrait réintégrer dans un processus commun la production des récoltes et la production animale, pour limiter le transport, l’usage des engrais chimiques, ainsi que la production de méthane et les émissions d’oxyde nitreux générées par les élevages de viande et les exploitations laitières intensives. Le troisième changement serait de mettre fin au défrichement et à la déforestation, ce qui nécessiterait la mise en place d’une véritable réforme agraire et d’inverser l’expansion des plantations de monoculture servant à produire des agrocarburants et des aliments pour animaux ».
  • Le système alimentaire international et la crise climatique. Les auteur-e-soulignent que « Faire de la nourriture une marchandise industrielle mondiale provoque un gigantesque gaspillage d’énergie fossile : il faut en effet la transporter, la transformer, la stocker, la congeler et l’acheminer jusqu’à la table des particuliers ».
  • La terre au secours de la Terre.

E : L’accaparement des terres et le futur de l’agriculture

  • Les nouveaux propriétaires fonciers : Les sociétés d’investissement en tête de la course aux terres agricoles à l’étranger.
  • Le Millenium Challenge Corporation américain : L’Afrique livrée au big business
  • Les fonds de pension : des acteurs clés dans l’accaparement mondial des terres agricoles
  • Des investisseurs saoudiens seraient prêts à prendre le contrôle de la production de riz au Sénégal et au Mali
  • Le rapport de la Banque mondiale sur l’accaparement des terres : au-delà du rideau de fumée
  • Il est temps de proscrire l’accaparement des terres, pas question dev le rendre  »responsable »

La terre comme l’eau devraient être des biens communs, il convient donc de se battre pour leur déprivatisation. Ici en France ou en Suisse nous pouvons soutenir l’expropriation de « nos » grandes entreprises nationales et la socialisation de leurs biens par les pays du Sud.

Deux remarques complémentaires :

L’agriculture « familiale » n’est pas interrogée comme forme historique, recouvrant d’un grand silence, entre autres, la sur-exploitation des femmes et la division du sexuelle du travail « patriarcale ». Ce manque s’accompagne d’une absence de recherche sur des formes d’association, plus démocratiques, des paysan-ne-s, qui ne sauraient se réduire à la préservation d’une organisation familiale. Ce n’est certes pas l’objet de ces textes mais comment ne pas évoquer, en lien avec la nécessaire dé-privatisation, les formes de sociabilisation des terres, le contrôle par des associations paysannes, bref la gestion autonome, l’autogestion, qui devrait accompagner la souveraineté alimentaire.

Je voudrais soulever un autre point concernant les organisations syndicales des salarié-e-s de l’agroalimentaire et leur double silence sur la mal-bouffe produite et sur les expropriations de paysan-ne-s dans les pays dominés. Au non de l’emploi ici et maintenant, ces questions sont mises sous le tapis. Hors la défense de l’emploi n’est en rien incompatible avec des normes alimentaires, refusant la malbouffe et ses conséquences en termes de santé (réduire l’épidémie de surpoids entre autres). Par ailleurs, l’unité factice entre industrie/nation et salarié-e-s ici se fait au détriment d’autres salarie-e-s/peuples/nations. Au lieu de soutenir les politiques expansives (parts de marchés internationaux) des entreprises, les organisations syndicales devraient organiser la division de ce qui doit être divisé (il n’y a pas d’intérêt commun dans l’entreprise ou dans la « nation ») et favoriser l’unité transfrontalières des paysan-ne-s et des ouvrier-e-s.

Le prix, très abordable de ce livre devrait permettre une diffusion très large. A lire et à faire lire.

Parmi les multiples compléments possibles :

Via Campesina: Une alternative paysanne à la mondialisation néolibérale (CETIM 2002) Quiconque meurt de faim, meurt d’un assassinat

Alternatives Sud : Pressions sur les terres. Devenir des agricultures paysannes (Centre tricontinental et Editions Syllepse 2010) Terres non privées d’habitant-e-s

Alternatives Sud : Agrocarburants : impacts au Sud ? (2011)

Concentration des terres, destruction des écosystèmes, fragilisation de la sécurité alimentaire

Alternatives Sud : Emprise et empreinte de l’agrobusiness (Centre tricontinental et Editions Syllepse 2012) Un modèle de développement socialement excluant et écologiquement destructeur

CETIM : La propriété intellectuelle contre la Biodiversité ? Géopolitique de la diversité biologique (2011) Un commun global

CETIM : Terre et Liberté. A la conquête de la souveraineté alimentaire (2012) La souveraineté alimentaire, un axe transformateur du modèle économique et social dominant

Appel : (Jakarta, le 2 mars 2012) Le 17 avril a été déclaré “Journée internationale des luttes paysannes Stop aux accaparements de terres : La terre est à celles et ceux qui la travaillent !

CETIM, Grain : Hold-up sur l’alimentation

Comment les sociétés transnationales contrôlent l’alimentation du monde, font main basse sur les terres et détraquent le climat

Cetim, Genève 2012, 174 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

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