Tâchez de ne pas en vouloir à ceux qui croient vous connaître mieux que vous ne vous connaissez vous-mêmes

Mr Sim, Max, Mawell, un homme, déprimé…

Une succession d’aventures improbables. Des voyages en Australie (pour voir son père, pour retrouver « une chinoise » et sa fille, entrevues dans un restaurant) ou vers les Shetlands.

Des rencontres, Poppy, qui facilite les « adultères » grâce à des enregistrements dans les aéroports, Emma, la voie d’un GPS, « Continuez environ trois kilomètres sur cette route. Superbe. J’adorais la courte pause qu’elle intercalait après « trois kilomètres ». Elle vous disait ça comme le vers d’un poème. »

Des histoires du passé, celui de Mr Sim, celui de son père, ou celui d’un étrange explorateur qui faute de pourvoir mener à bien son périple, l’inventa.

Des amours regrettées ou inventées, Caroline l’épouse séparée, Alison dans le passé pour une sombre histoire de photo et aujourd’hui par incapacité, ou cette Emma irréelle.

« J’ai oublié le regard que m’a lancé Alison en reposant son verre, avant de m’embrasser sur la bouche pour la première fois. J’oublie ce que j’ai ressenti au juste quand elle m’a pris par la main pour s’engager dans l’escalier. J’oublie le balancement de ses reins, le galbe de son corps, tandis que je montais derrière elle. J’oublie le froid de la chambre inoccupée, au début, froid qui a fait place à la tiédeur quand elle m’a pris dans ses bras et serré contre elle. J’oublie l’effet que ça m’a fait, au bout de tant d’années, de sentir le contact bienheureux et amoureux d’un corps contre le mien; la barrière des vêtements, bientôt abandonnés. J’oublie, à présent, la texture de sa peau, son parfum léger et familier quand mes lèvres se sont posées sur sa nuque, la douceur de ses seins dans mes mains arrondies, sous mes tendres baisers; j’oublie les heures qui ont suivi, les rythmes lents, inexorables de nos étreintes, le flux et le reflux de l’amour et du sommeil, de l’amour et du sommeil. Notre réveil, dans les bras l’un de l’autre, enfin réunis et inséparables, sous la lumière bleue d’un matin d’hiver à Edimbourg. J’oublie tout cela, je l’oublie. ».

D’autres histoires probables, et l’ombre de Poppy, derrière des appels téléphoniques.

Des récits de brosses à dents révolutionnaires et d’automobiles hybrides.

Des lieux dédoublés propices aux rendez-vous manqués.

Des histoires inavouables derrières des souvenirs incomplets.

Improbables mais si proches, aventures narrées par un conteur à l’imagination fertile…

Une fois de plus, Jonathan Coe nous entraine, à travers une construction faussement simple, dans un monde où l’élémentaire se révèle complexe, où les personnages se débattent avec leur souvenirs, leur fragilité.

Un livre aussi sur le pouvoir et l’efficacité de la création, sur des lettres, des journaux, des cartes postales, sur l’invention et sur la crédulité des lectrices/lecteurs.

Parmi les autres livres de l’auteur :

Testament à l’anglaise, Gallimard 1995  Qui est fou/folle ?

La pluie, avant qu’elle tombe, Gallimard 2009  Donner à (re)voir Imogen

Jonathan Coe : La vie très privée de Mr Sim

Traduit de l’anglais par Josée Kamoun

Editions Gallimard, Paris 2011, 451 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

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