« Personne » est peut-être la chance offerte d’échapper un instant à la logique de l’identification

« Personne », tel est peut-être l’aveu du véritable nom du sujet de la scène primitive qui ne cessera de hanter l’Occident  : la scène du long périple d’Ulysse, de la traversée du néant, du passage par la mort et du retour à soi dans l’affirmation d’une identité enfin retrouvée. Ce sujet, le sujet est l’hypothèse même de l’Occident, sa supposition, ce qui le détermine et le soutient dans sa quête effrénée de lui-même.

Je ne parlerais que de certaines parties de ce livre, n’ayant ni les connaissances ni les compétences pour suivre l’auteur dans l’ensemble de ces analyses.

Je commencerais par le texte d’Aristide Bianchi & Léonid Kharlamov, présentation de ce livre posthume, de ce regroupement des écrits sur l’Occident. « La réponse d’Ulysse révèle ainsi à la fois le vide du sujet et la possibilité de briser la loi de la quête d’identité qui s’y dévoile ».

Les auteurs indiquent que le « terme  »Occident » désigne pour lui la question de la colonisation » et ajoutent « Question qui n’est pas un thème ou un objet de sa réflexion parmi d’autres, mais l’enjeu de sa pensée – un enjeu qui engage sa forme même et rend simultanément impossibles le maintien dans le champ de la philosophie et toute position extérieure à elle – un enjeu qui n’engage ainsi pas moins que sa possibilité, sa condition ». La force de cet énoncé se retrouve de manière récurrente dans les textes de Philippe Lacoue-Labarthe. La philosophie, mais je pourrais ajouter plus généralement la politique ici, « ne peut être quitte de la violence de l’expansion militaire et technique de l’Occident ».

Je ne sais si la philosophie, comme semble le dire Philippe Lacoue-Labarthe, « est arrivée à sa fin et que l’Occident désormais mondialisé n’est rien d’autre que son accomplissement » mais je comprends la présentation qui indique qu’elle « ne représente pas une forme indépendante, pure et privilégiée du discours de la vérité, mais précisément ce qui hante autant le monde que nous avons à penser jusqu’à l’extrême de son horreur que les moyens qui nous permettraient d’y parvenir ».

Un double désastre « marque l’achèvement de l’Occident en lui-même et hors de lui : la destruction des juifs d’Europe et la colonisation ».

Philippe Lacoue-Labarthe nous parle de modernité, de la Grèce, de mythologisation qui se répète, d’aliénation, de politique de sacrifice, de clôture théologico-politique, de religion, de la mort de Dieu « ressort de la prophétie » qui n’existe « ni dans l’islam, ni dans le judaïsme » et qui structure la pensée de l’Occident, de sa dominante religion à sa philosophie, de l’horreur et de la barbarie occidentale, « Mais cette horreur même, au lieu d’essayer de la penser, on ne fait au fond que la commémorer dans la mauvaise conscience », du pouvoir de destruction infini…

Il nous montre comment « l’imposition du moderne » est un pur oxymore ( Comment peut-on imposer le moderne « dans son acceptation la plus banale …. synonyme de libération » ?), il nous dit que « une résistance à l’oppression qui emprunte ses armes à l’oppresseur est toujours vaincue ».

Sa pensée chemine aussi dans la littérature, dans le cœur de la nuit avec Kurtz (Joseph Conrad : Au cœur des ténèbres), chez Maurice Blanchot, dans la poésie d’Höderlin…

J’ai été particulièrement intéressé par entretien avec Makato Asari titré « dies irae »

Table :

  1. La réponse d’Ulysse

  2. La philosophie fantôme

  3. L’hypothèque occidentale 

  4. Contrepoints

  5. L’horreur occidentale

  6. La séparation, c’est le commencement

  7. Entretiens : 

A. Penser l’Europe après Auschwitz (entretien avec Mathieu Bénézet) 

B. Dies irae (entretien avec Makoto Asari)


Postface de Aristide Bianchi & Leonid Kharlamov

Un livre de philosophie, même si j’ai noté que l’auteur garde une certaine réserve sur son propre statut, qui nous entraîne au cœur de la modernité, un regard inhabituel, dérangeant, questionnant. Je souscris à l’idée, habitant l’édifice, de l’intérieur « le laminer jusqu’à ce que l’une ou l’autre de ses parois devienne suffisamment diaphane pour laisser deviner la fragile image image d’un dehors ». Je signale aussi de forte divergences politiques comme sur le traité européen.

Avant de faire ou répondre, la nécessité de prendre en compte ce « Je ne reconnais aveuglement et obstinément, comme seule règle archi-éthique, que le refus d’humilier, le soin et le souci de ne pas humilier. »

Philippe Lacoue-Labarthe : La réponse d’Ulysse et autres textes sur l’occident

Lignes /Imec, Paris 2012, 190 pages, 23euros

Didier Epsztajn

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