Concerts

Certains concerts ont laissé des traces, dans l’imaginaire et sur des disques.

Heureusement, car la présence du public, la nature des salles et d’autres éléments, quelques fois plus contingents, font qu’il se passe quelque chose de plus, un peu au delà…

Au hasard de ré-écoutes récentes.

Mars 1960, quelques mois après « Le souffle bleu » (Voir Nicolas Béniès Une note à la sonorité bleutée, une note étouffée qui dit plus qu’il ne semble), Olympia, le quintette de Miles Davis (Miles à la trompette, John Coltrane au saxophone ténor, Wynton Kelly au piano, Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie).

Un choix curieux, une succession d’interventions, d’abord Miles, puis John, puis Wynton, quelques fois Paul et retour éventuel à Miles pour la fin des morceaux. Dommage pour celles et ceux qui attendaient, espéraient les croisements de la trompette et du saxophone.

La trompette de Miles est souveraine, magnifique. Et pourtant…

Un homme, un musicien, John Coltrane, semble déjà dans l’ailleurs, dans le demain. Le saxophone ténor sort des lignes pour rugir vers d’autres sons, d’autres espaces, visiblement agaçant une partie du public.

Un grand Miles, à la sonorité magnifique et cependant, ce soir là, le début d’une autre aventure, celle que déploiera bientôt, dans une autre configuration, John Coltrane, entre autres, avec son quartet…

2 Cd Paris Jazz Concert, enregistré le 20 mars 1960 à l’Olympia, Europe 1 / RTE / DeltaMusic

Paris 1964, le 19 avril, Théâtre des Champs-Elysées, un concert qui commence très tôt ou plus exactement très en retard par rapport au 18…

Première pièce, un hommage à Art Tatum et Fats Waller en solo de piano par Jacki Byard.

Présentation des musiciens et de la trompette de Johnny Coles, hospitalisé.

Hommage à Eric Dolphy, Charlie Parker (Parkeriana), Duke Ellington (Sophisticated Lady), aux pianistes boogie, etc

Humour, sarcasmes, solo, duo et ensemble, dialogues souriants ou grimaçants.

Et particulièrement la contrebasse de Charles Mingus et la flûte (comme dans l’introduction de « Médiations On Intégration »), la clarinette et le saxo alto d’Eric Dolphy.

Les autres musiciens ne peuvent être considérés comme en retrait…

Une soirée de musique, de protestation contre le (dé)ordre existant. Outre les titres déjà cités : « So Long Eric », « Orange Was The Color Of Her Dress Then Blue Silk », « Médiations On Intégration », sans oublier la contestation antiraciste de l’extraordinaire « Fables Of Faubus » aux grincements musicaux, comparables aux dessins et peintures d’Otto Dix.

Comme l’écrit justement Bruno Guermonprez dans sa notice « le groupe, encore resserré par les circonstances, ne devient pas autre chose qu’un même canal d’où s’échappent une prodigieuse palette de couleurs comme de voix, jouant sur tous les registres et cultivant aussi bien le réflexe historique que la bigarrure de l’avant-garde. »

Peut-être le disque que j’ai le plus écouté, en jazz, depuis sa découverte en 33T (A noter, que contrairement aux enregistrements anciennement disponibles où certains morceaux avaient été remplacés par ceux du concert de la veille, cette réédition respecte le déroulé de la soirée).

Pour les amatrices/amateurs de variations :

Le concert de la veille Salle Wagram avec les mêmes musiciens (2 Cd INA, 1988)

Le concert à Cornell en mars de la même année mais cette fois avec Johnny Coles (Double Cd Blue Note, 2007)

« The Great concert Of Charles Mingus » reissue of the America triple LP, Universal music 2003)

Didier Epsztajn

Une réponse à “Concerts

  1. Le concert du quintet de Miles Davis en 1960 est resté dans les annales pour au moins deux raisons – en annexe de la musique -, la première tient à la fin de la collaboration Trane/Miles, fin qui s’entend. Les deux génies ne sont plus sur la même planète et le trio, Wynton/Paul/Jimmy affirme son autonomie. De là vient cette succession de solos – soli ? – qui fatigue à la longue même si la trompette de Miles est capable de sublimer cette ambiance « fin de quelque chose ». Miles écrira dans on autobiographie le déchirement de cette séparation d’avec Coltrane. Un peu plus tard dans cette année là, il reviendra à Paris avec Sonny Stitt et la magie sera de sortie non pas que Stitt ne fut pas un grand saxophoniste mais il est très marqué par le bebop et la mainstream dominant alors que Miles rêve à d’autres épopées. Cette collaboration courte fut, au dire de tous les témoins, très orageuse. (ce concert a été aussi enregistré, il est disponible)
    La deuxième au fait que Coltrane a été copieusement sifflé – ça s’entend aussi. Ténot qui avait organisé le concert tenta d’excuser le public auprès du saxophoniste et il s’entendit répondre : « Le public a eu raison de siffler, je ne suis pas allé assez loin »… Il reviendra à Paris avec son quartet, McCoy Tyner et Elvin Jones et… il fera un tabac. Malgré l’étonnement de Franck Ténot, Coltrane avait mis le doigt sur un problème clé de la création. Il est impossible de contenter son employeur et soi-même. De ce fait, le musique reste dans le flou. Il est nécessaire d’affirmer sa création, sa voie. Ce que disait déjà le jeune Sidney Bechet interviewé par le compositeur chef d’orchestre Ansermet à Londres, « My own way »… Se rejoignent les deux raisons et la musique. Coltrane et Miles ne pouvaient plus vivre ensemble. Surtout pour le premier, c’était une limitation de son propre chemin, sa propre manière.
    Nicolas BENIES.

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