Les toilettes pour hommes du Donald’s Pub à Times Square comme université

« Tu as fini de pisser. Tu es monté dans la baignoire et, sous le jet de la douche, tu as rincé les sueurs d’angoisse, les sueurs d’angoisse de ton réveil, les sueurs d’angoisse d’un cauchemar dont tu ne te souviens plus. »

Se nourrir, survivre, trouver un logement, se marier et écrire le roman de son expérience du ghetto….

Rêver d’être étendu sur le canapé d’une psychologue pour parler de ses problèmes, « les problèmes concrets d’un écrivain inconnu et crève-la-faim, mais surtout les problèmes d’un écrivain allemand d’origine juive dans un pays étranger, un pays que je ne comprends pas et qui ne me comprend pas », de lui et de son dédoublement, le mort et le survivant. Car Jakob Bronsky est vivant aux États-Unis et mort, comme six autres millions. 

Obsession du sexe, « Ce matin-là, je n’arrivais pas à calmer ma bite. A la maison, j’ai pris une douche froide illico. Ça n’a servi à rien. J’ai pensé à Auschwitz. En vain. » Obsession de la mort, « J’étais certain qu’ils allaient m’assassiner. Bronsky, je me suis dit. Là où les nazis ont échoué, ces mecs-là vont réussir ». Mais, pris au premier, au deuxième ou au troisième degré, le personnage ne semble qu’objectiver une image très dégradée des femmes…

Une vision sarcastique et ricaneuse du monde par « le branleur ».

Un livre fort.

« Vous écrivez un livre ?

J’écris un livre.

Sur la vie dans le ghetto ?

Sur la vie dans le ghetto ;

Sur l’hécatombe ?

Sur l’hécatombe.

Sur le désespoir ?

Sur le désespoir ;

Écrivez-vous aussi sur l’espoir ?

J’écris aussi sur l’espoir.

Rien d’autre ?

Rien d’autre… sauf la solitude que chacun de nous porte en lui. Moi compris… »

Un livre grimaçant aussi pour ne pas oublier la civilisation mortifère européenne et la fermeture des frontières, le refus de visas aux Juifs/Juives d’Europe, l’Américan Way of Life pour les seuls Whasp (White Anglo-Saxon Protestant) « Fuck America », mais aussi, confère le titre de la note, « la bonne distance avec la langue allemande ».

Un livre et un auteur « quelque part dans mes souvenirs, il y a comme un trou. Un grand trou noir. Et c’est par l’écriture que j’essaie de la combler ».

Du même auteur : Le retour au pays de Jossel Wassermann (Albin Michel, Paris 1995, réédition Livre de poche 2008) Harengs salés et schnaps, pour rire et pleurer, pour tousser et éternuer

Et, merci aux Editions Attila pour la mise à disposition en français d’une œuvre dérangeante tant sur la forme que sur le fond.

Edgar Hilsenrath : Fuck America

Traduit de l’allemand par Jörg Stickan

Editions Attila, Paris 2009, réédité en Point Seuil, 281 pages

Didier Epsztajn

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