La révolte contre l’existant comme condition d’analyse

Après une période d’incertitude sur le plan organisationnel, nous avons décidé de poursuivre cette aventure éditoriale originale dans le champ universitaire et intellectuel francophone. Les Mondes du Travail continueront à paraître deux fois par an, sur format papier, mais pas seulement.

Une nouvelle série commence avec ce numéro 11 élaboré par un collectif éditorial élargi. Il s’agit d’un numéro de transition, sans véritable thématique unifiée, mais rassemblant des papiers que nous avons retenu sur la base des mêmes critères qu’auparavant, combinant exigence de rigueur scientifique et une attente d’originalité…..

Pour les numéros précédents, voir entre autres : Ce qui pourrait être mais qui n’advient pas et L’individu est devenu redevable envers la collectivité

Le numéro débute par un entretien avec Daniele Kergoat « Je voulais comprendre comment et pourquoi les gens entre en lutte ». L’auteure nous rappelle, entre autres, que la dimension « sexuelle est incluse dans le « social », même si elle « ne l’était pas du tout pour l’immense majorité de la communauté scientifique » (dans les années 70) ; je ne suis pas sûr que cela est beaucoup changé…

Outre l’illusion de rendre la réalité ouvrière féminine en termes de « masculin neutre », elle souligne que « Au niveau statistique, étaient désignées comme  »ouvrières » les femmes d’ouvriers ! »

Si l’auteure considère, qu’en sociologie, tout le monde est, d’une manière ou l’autre, engagé, « Par contre, tout le monde n’est pas révolté. C’est cela le critère discriminant sur la manière de faire de la sociologie ».

Sa conception du travail n’est pas restrictive, il ne s’agit pas seulement du travail professionnel, « mais du travail comme  »production du vivre » ». Elle insiste sur la prise en compte du travail domestique « Celui-ci ne se caractérise pas par une addition de tâches mais comme une activité intégrée, productrice de richesses tout autant sinon plus que le travail salarié ; il se définit comme  »mode de production domestique » ou bien comme une  »relation de service » – la disponibilité permanente du temps des femmes au service de la famille et plus largement de la parenté -, relation qui est considérée comme caractéristique du procès de travail domestique ».

Au delà des modifications, d’une certaine « pacification » des relations entre hommes et femmes, « les rapports sociaux de sexe, eux, continuent à fonctionner dans leur triple dimension d’exploitation, de domination et d’oppression ». Danièle Kergoat réaffirme, dans sa dernière réponse : « Ce n’est pas parce que, à l’intérieur de la classe des femmes, certaines femmes en exploitent d’autres, que cela invalide la conceptualisation en terme de classe. Ce terme veut dire que toutes les femmes sont dans une position analogue dans les rapports sociaux de sexe : le groupe des femmes est exploité, dominé, opprimé par le groupe des hommes », ce qui ne signifie pas qu’elles soient dans une position identique. Les femmes forment un « nous collectif » abstrait « celui qui se crée dans le rapport antagonique avec le groupe des hommes, rapport qui se noue autour de l’enjeu central du travail ».

J’ai particulièrement apprécié l’article de Sébastien Petit « Recomposition de la division du travail de conception : le travail en bureau dans un cadre gestionnaire ».

L’auteur interroge « pourquoi les concepteurs connaissent, dans l’exercice de leur travail, des changements approchants ceux connus en production dans le phases d’exécution ». Il souligne « les contraintes de fabrication tendent à être remontées en amont de la conception », la place de la sous-traitance, les aspects combinatoires et interprétatif dans la conception, sans oublier la dimension proprement gestionnaire ou financière « Les critères nouveaux de fabricabilité auxquels les concepteurs sont directement confrontés témoignent à la fois d’une restriction de leur autonomie par la prégnance du flux tendu et de critères de performance concernant ne premier lieu l’aspect financier » ou « un rapprochement des bureaux d’études de conception vis-à-vis des bureaux des méthodes et des opérationnels en production et, en conséquence, à une centration des ingénieurs et concepteurs sur des enjeux de coût, de qualité et de productivité qui pouvaient leur apparaître plus secondaires jusqu’alors. »

Sébastien Petit insiste sur la notion de client interne et ses conséquences « La systématisation de l’usage de la notion de client par le management correspond tout à fait, à notre sens, à une politique de flexibilisation du travail qui vise à assimiler symboliquement celui-ci à un besoin exprimé par une demande sociale. Il nous semble que le terme de client, qui traduit une représentation éminemment gestionnaire des formes de coopération, subordonne le travail des concepteurs à des demandes éparses qui caractérisent en objectifs concrets des performances financières ».

Les autres articles :

  • « Répertoire d’action et travail collectif dans l’activité des brigades de police-secours » de Marc Loriol

  • « Travail et santé : un nouveau défi pour les organisations syndicales » de Lucie Goussard

  • « Coopérer sur des marchés d’organisations » de Stéphane Heim

  • « La professionnalisation des activités de gestion : construire et défendre un  »territoire » » de Mathieu Bensoussan

  • « Le personnel hospitalier face à l’engagement syndical. Quelques remarques à propos d’un travail de terrain » de Georges Ubbiali

  • « De l’usine à l’intime. Mise au travail par la maquila et vies d’ouvrières » de Natacha Borgeaud-Garciandia

  • Notes de lectures

http://www.lesmondesdutravail.net/

Les Mondes du Travail N°11, Evry 2012, 125 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

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