Le piano dans le jazz, troisième partie

Il des pianistes, plus généralement, des musicien(ne)s qui savent transcender toutes leurs racines, toutes leurs influences pour ne conserver que la mémoire de ces racines ou de ces traditions. Comme le roseau, aucune ruptures apparentes mais un art consommé de se servir de tout, ce qu’ils ont vécu comme de ce qu’ils ont rêvé. La différence entre les deux ne sert de rien, ce sont des expériences qui forgent l’esthétique d’un artiste.

C’est le cas de Steve Kuhn. Il sait tout de tout concernant le jazz. Il a participé de toutes les époques du jazz. Il a appris de toutes et se souvient de toutes. Il les a synthétisées pour en faire du Steve Kuhn. Chez lui se retrouvent Wynton Kelly et Bill Evans – le premier a succédé au deuxième dans les quintets/sextet de Miles Davis à l’orée des années 60 – comme l’énergie du free jazz, de Coltrane avec cette volonté de construire d’autres structures, d’autres règles. Contrairement à une idée reçue tellement véhiculée qu’elle semble détenir une vérité, le free jazz ce n’est pas l’absence de structures, l’anarchie totale chacun(e) jouant dans son coin sans tenir compte des autres – autrement dit une cacophonie sans nom -, mais plutôt la volonté collective de revenir à une forme de naïveté, de renouer avec les fanfares, avec les comptines, avec la simplicité. Steve Kuhn a intégré cet apport du free jazz tout en se servant des accords pour que l’oxymore – accords/absence d’accords – oblige l’auditeur à s’interroger sur ce qu’il entend. Il s’appuie sur notre mémoire pour construire une musique originale. Il faut dire que la compagnie de Steve Swallow, bassiste étrange, venu d’ailleurs avec un instrument qu’il a travaillé pour en faire son instrument à la sonorité qui ne tient ni de la contrebasse ni de la basse électrique mais d’une sorte de dialectique des deux, lui permet de s’évader vers des cieux non occupés. Joey Baron, batteur, se veut le musicien de la terre. Si le pianiste regarde vers le ciel, lui a les pieds sur cette terre… qu’il peut faire disparaître d’un coup de ses baguettes.

Ce « Wisteria » – une sorte de glycine – est une grand album de cette fin d’année scolaire. Il faut entendre, écouter Steve. C’est vrai qu’il n’est pas dans l’air de ce temps qui fait de l’esbroufe – et non pas de la performance – sa marque distinctive. La musique de Steve est une plante grimpante qui envahit vos oreilles, votre cœur. Je ne suis pas sur que vous pourrez vous passer de cette musique.

Steve Kuhn, Steve Swallow, Joey Baron : Wisteria, ECM/Universal.

Nicolas Béniès

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