L’ouvrier blanc ne saurait s’émanciper là où l’ouvrier noir est stigmatisé

Après avoir chroniqué, la longue préface de Robin Blackburn  Au delà des divergences profondes entre les deux formations sociales, ces imaginaires nationaux incompatibles jouèrent manifestement un rôle dans la précipitation du conflit, je ne reviendrais que sur certains points.

Premièrement, la place de la politique, de l’intervention publique. Par deux fois, l’Association internationale des travailleurs (Première internationale) adresse une lettre au président des États-Unis, d’abord Abraham Lincoln, puis Andrew Johnson. Dans la première lettre, les signataires écrivent : « Tant que les travailleurs, la véritable puissance politique du Nord, permettaient à l’esclavage de souiller leur propre République, tant que, face au Nègre acheté et vendu contre son gré – ils s’enorgueillissaient du privilège majeur réservé au travailleur à peau blanche d’être libre de se vendre lui-même et choisir son propre maître, ils furent incapables d’œuvrer à l’authentique émancipation du travail et de soutenir leurs camarades européens dans leur lutte pour l’émancipation ». Au delà du combat contre l’esclavage, Karl Marx et les autres membres de l’internationale soulignaient le poids du « privilège blanc », entravant la potentielle force d’émancipation du prolétariat. Sur ce point, il convient aussi de relire les écrits de Léon Trotski, regroupés chez le même éditeur, et remarquablement préfacés par Danièle Obono et Patrick Silberstein : Question juive, question noire (Editions Syllepse, Paris 2011) Décisif sont la conscience historique d’un groupe, ses sentiments et ses volontés

Karl Marx, écrit sur ce sujet dans le Capital (Livre 1, 3ème section, chapitre 10) « Aux États-Unis, tout mouvement ouvrier indépendant resta paralysé, tant que l’esclavage souillait une partie de la République. L’ouvrier blanc ne saurait s’émanciper là où l’ouvrier noir est stigmatisé. »

Le second point est la place de la réduction du temps de travail, particulièrement bien traité dans la préface de Robin Blackburn « La limitation de la journée de travail est une condition préalable, sans laquelle toutes les nouvelles tentatives d’amélioration et d’émancipation seront vouées à l’échec. »

Au delà de ces éléments, la lecture des articles de Karl Marx, ses analyses des processus économiques et des rapports sociaux, dont la place du coton dans l’économie anglaise et étasunienne, montrent l’importance de ne pas isoler les questions militaires des domaines politiques. « La morale de tout cela est à mon avis que des guerres de ce genre doivent être conduites de façon révolutionnaire, et que les Yankees ont essayé jusqu’ici de la mener constitutionnellement. »

Karl Marx / Abraham Lincoln : Une révolution inachevée

Sécession, guerre civile, esclavage et émancipation

Editions Syllepse (www.syllepse.net), Paris 2012, 297 pages, 20 euros

En partenariat avec M éditeur, Montréal

Didier Epsztajn

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