Contradiction politiquement paralysante

Je rappelle deux éléments antérieurs au temps de ce livre : le pacte germano-soviétique, justifié et défendu par le PCF, et sa première conséquence le dépeçage de la Pologne ; la tentative, sous occupation allemande, de publication légale du journal « L’humanité », traitée dans un autre livre de l’auteur La négociation. Été 1940 : crise au PCF, (Syllepse, Paris 2001).

Comme nous l’indique Roger Martelli dans une courte préface « Entre septembre 1939 et juin 1941, le PCF baigne continûment dans la ligne stratégique internationale qui se met en forme dans la première semaine de septembre 1939, sous la thématique générale de la  »guerre impérialiste ». » Le préfacier termine en citant Bernard Pudal « le complexe doit rester ouvert aux incertitudes et aux limites des sciences sociales ».

En avant propos, Roger Bourderon interroge : « Peut-on aujourd’hui tenter de faire le point sereinement, non en ayant la prétention d’apporter des réponses définitives aux questions soulevées, mais en se fondant sur la documentation accessible, pour tenter de cerner sans a priori idéologique ce que fut effectivement l’intervention du parti français, plus précisément de sa direction, au cours de cette année particulièrement chaotique qui va de l’été 1940 à l’été 1941 ? ». Ce qui ne dispense pas d’avoir une opinion politique sur cette « intervention ».

Le livre comporte quatre chapitres :

  • « Le parti communiste et le général de Gaulle. Juin 1940-août 1941 »

  • « Paris, Bordeaux : les appels de l’été 1940 »

  • « Été 1940-printemps 1941 : constitution de la résistance communiste »

  • « Les FTP, direction et tactique. L’exemple de l’interrégion parisienne, 1941-1943 »

La mise à disposition de nombreux textes, et leur éclairage par l’auteur, permet de saisir, au delà, d’un vocabulaire très inscrit dans son temps, les difficultés pour aborder cette période. Ces difficultés sont aggravées par le socle d’analyse des directions du PCF, sans négliger les écarts entre ceux de l’intérieur et ceux « réfugiés » en URSS. Mais ressort immanquablement, la chape de plomb que représentait une vision caricaturale de ce que pourraient-être les luttes de classe « Poussée à l’extrême, sinon jusqu’à l’absurde, la logique de classe décroche de la situation réelle et n’en favorise pas la compréhension », la mise sur le même plan des 200 familles (la grande bourgeoisie) et de la social-démocratie et sa « dénonciation virulente », l’incapacité à comprendre les intérêts différents de l’impérialisme anglais et allemand, la nature même du fascisme et du nazisme ou l’invraisemblable « conceptualisation » de trahison de la France, etc. L’auteur indique aussi l’ignorance « de la dimension spécifique de l’antisémitisme ».

Dans « Pour tenter de conclure », Roger Bourderon écrit « De la défaite de l’été 1940 à l’action directe contre l’occupant, la politique du Parti communiste français évolue dans une contradiction majeure entre la revendication hautement proclamée de l’indépendance nationale, la dénonciation d’un gouvernement de traîtres et de valets, l’affirmation de la nécessité de situer le combat communiste dans la poursuite d’une guerre qualifiée d’impérialiste des deux cotés, sans établir de distinction entre les buts de guerre britanniques et allemands, ramenés à la volonté d’asservissement des peuples au grand capital. »

Il fallut l’attaque contre l’URSS, fausse « patrie du socialisme » mais réelle dictature stalinienne, pour que sa direction engage le PCF dans l’action directe contre les forces d’occupation.

Parmi de multiples points, l’auteur montre comment le PCF écrivait l’histoire de sa politique « il est frappant de constater à la lecture des publications officielles une volonté d’intégrer les initiatives nouvelles dans un continuité historique excluant toute contradiction, même si elles sont en rupture avec le passé récent. »

Un livre qui pourrait permettre de discuter des articulations possibles/nécessaires entre luttes de « libération nationale » et luttes « d’émancipation sociales » toujours à (re)penser dans chaque concret. Je ne suis pas sûr de partager les conceptions (non développées), de l’auteur, pour la période considérée. Que l’on partage ou non le détail des analyses de l’auteur, une sérieuse tentative de « mise au point historique », loin des mystifications, des mensonges ou des dénis de réalité. Un livre aussi pour éclairer les constructions mythiques d’un parti qui fut et se revendiquait stalinien, ce qui me parait au moins être incompatible avec l’idée même de communisme.

Roger Bourderon : Le PCF à l’épreuve de la guerre, 1940-1943.

De la guerre impérialiste à la lutte armée

Editions Syllepse (www.syllepse.net), Paris 2012, 188 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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