Le militantisme est un des éléments qui permet d’avoir une vie satisfaisante

Depuis plus de trente ans, le nom François Saillant est associé aux luttes pour le droit au logement et pour la justice sociale. Figure publique, contestataire d’un ordre établi injuste, pourfendeur de la pauvreté et des inégalités sociales qui ne cessent de croître, militant de différentes causes, François Saillant c’est une vie passionnante et pas­sionnée, riche de rencontres avec des personnes qui veulent changer la société et de confrontations avec celles qui ont la prétention de diriger le pays au nom des citoyennes et des citoyens.

Le livre, largement autobiographique, peut-être divisé en trois parties : luttes autour du logement, nations premières et engagement partisan.

Les luttes autour de l’habitat, du droit au logement, se sont amplifiées au fur et à mesure de la mise en place des politiques néolibérales. Au Québec, comme en France, des poignées de militant-e-s ont tenté et réussi à maintenir sur la durée, des organisations comme FRAPU (Front d’action populaire en réaménagement urbain) au Québec ou le DAL (Droit au logement) en France. L’intitulé de ces organisations indiquent, par ailleurs, les différences d’approches, liées aux contextes socio-politiques. Des liens se sont noués entre ces organisations, par delà l’océan, car comme le rappelle l’auteur, cette problématique est internationale.

Dans une période recul social, au mieux de résistance, ces luttes se compliquent avec l’incapacité du mouvement ouvrier organisé (syndicats et partis) à défendre des orientations incursives dans le droit de propriété, comme la réquisition des logements vides, la municipalisation des sols et plus généralement l’appropriation collective du foncier, « le droit au logement doit primer celui de la propriété ». Il faudrait aussi ajouter, le mythe de la petite propriété individuelle et le peu de cas fait à la géographie urbaines dans les élaborations sociales (voir sur ce sujet les travaux de David Harvey).

Luttes autour du logement, de la pauvreté et pour la redistribution des richesses. Il est particulièrement utile de confronter les expériences, d’autant que les articulations proposées par nos ami-e-s québecois-e-s pourraient être source d’inspiration : Au zéro déficit budgétaire, elles et ils opposent « A déficit zéro, appauvrissement zéro ! » et ont élaboré une « Proposition pour une loi sur l’élimination de la pauvreté ».

Sans cacher les difficultés de jonctions entre les revendications, des contradictions entre luttes, l’auteur nous parle aussi de la notion de souveraineté, sous le double angle Québec/Canada et Nations premières/Québec « Mais la nation québécoise n’est pas la seule à vivre sur ce que nous appelons le territoire du Québec. D’autres nations y vivent aussi, des nations qui étaient ici des milliers avant nous, des nations qui malgré l’entreprise de génocide qu’elles subissent depuis des centaines d’années, n’ont jamais perdu ou abandonné leur souveraineté. Ces nations aussi ont le droit de décider librement de leur avenir. Et ce droit à l’autodétermination, il doit être respecté dans toutes ses implications. »

Une dernière partie est consacrée à son parcours partisan et en particulier de la place des organisations auto-nommées « marxistes léninistes » qui ont volé en éclat avec le retournement de la conjoncture à la fin des années 70, sans oublier l’irruption de la critique féministe « Les hommes de l’organisation ont une difficulté évidente à comprendre que leur comportement n’est pas exempt de chauvinisme du seul fait qu’ils luttent pour les revendications des femmes. Les comportements chauvins vont d’une résistance à aider aux tâches ménagères, à une incompréhension réelle du sérieux (et non d’une contradiction plus que secondaire) de l’oppression des femmes, à une attitude paternalistes surtout chez les intellectuels. »(Josée Lamoureux citée par l’auteur), l’effondrement du socialisme réellement existant, etc.

L’auteur montre les difficultés des recompositions, d’autant que les questions nationales priment souvent les questions sociales, ou qu’il est difficile de construire des articulations adéquates entre les unes et les autres. « La liberté est difficile à atteindre sans l’égalité et la justice, mais ces dernières sont insuffisantes sans la liberté »

Soufflent dans cette biographie l’espérance maintenue « Il m’aurait toutefois manqué quelque chose si je n’avais pas eu cet appétit insatiable de changer le monde, de changer la vie, qui me pousse encore aujourd’hui à continuer ».

François Saillant : Le radical de velours. Parcours militant

M éditeur, Ville Mont-Royal (Québec) 2012, 190 pages

Didier Epsztajn

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