Itinéraire d’un génie du 20e siècle

Louis Armstrong, sans conteste, a marqué le 20e siècle et le 21e par voie de conséquence. Il a fourni, par ses improvisations, par ses trouvailles, par son génie tout simplement, une grande partie de la musique que nous entendons y compris dans le rock le plus métal ou le plus hard sans compter le rap ou d’autres musiques dites du monde. Il fallait bien lui dresser un monument. Ce n’est pas le premier mais il se veut le plus complet. Sous la direction de Daniel Nevers, historien bienveillant et ironique, un peu Oulipo pour tout dire, Frémeaux et associés a entrepris de livrer l’Intégrale du génie tutélaire du jazz. Le volume 11 couvrant les années 1944-45 vient de sortir. Le livret donne toutes les informations nécessaires et même les autres – c’est ce qui fait son intérêt. Insistons juste sur ces années étranges de fin de seconde guerre mondiale. Le syndicat des musiciens a décidé une grève des enregistrements qui durent. Les « majors » – les grandes compagnies – refusent obstinément de signer les nouveaux contrats. Les petites compagnies, quant à elles, signent dés la fin de 1943 leur permettant de prendre des parts de marché aux grandes et même de créer de nouveaux labels qui fourmillent en ces années de révolutions esthétiques et sociales. Et Louis ? Il participe aux concerts organisés par la revue Esquire enregistrés par la radio des forces armées, diffusés par la radio et faisant ’objet des fameux V Disks, les disques de la victoire qui devait être détruits une fois entendus par les Gis. Bien sur, ils furent conservés par les collectionneurs et édités. On peut ainsi entendre Satchmo en faux et vrais concerts avec son grand orchestre dans lequel brillent deux saxophonistes, un déjà vétéran, Joe Garland (l’auteur de l’immortel « In The Mood » que Glenn Miller rendra célèbre) et l’autre tout jeune, 21 ans au moment des faits, Dexter Gordon que Louis avait pris sous son aile, lui permettant de prendre quelques solos. Un moment clé dans la carrière du trompettiste. La fin de son épopée en grand orchestre et le début de la constitution de son « all stars » avec lequel il allait sillonner les grandes villes du monde. Le titre de ce 11e volume est en fit une avancée vers le 12e « Jack – Armstrong Blues », le titre clé enregistré pour ces V Disks, retrouvailles de Louis et de Jack Teagarden, tromboniste au swing aussi instillé que le bourbon dont il s’abreuvait en grandes quantités. Un de ces musiciens qui ont fait le jazz avec cet accent traînant provenant autant de l’alcool que du Sud des Etats-Unis, chanteur irremplaçable. On le retrouvera dans les aventures prochaines de notre enfant du siècle, né rappelons-le, en 1901.

Une saga nécessaire, une saga aussi de la mémoire.

Intégrale Louis Armstrong, volume 11 : Jack – Armstrong Blues, 1944-45», Frémeaux et associés.

Nicolas Béniès

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