Dossier Égypte

Avant-propos

La vague révolutionnaire qui secoue le monde arabe, depuis le début de l’année 2011, a fait voler en éclat les clichés suivant lesquels les peuples de cette région étaient “culturellement” voués à la soumission à l’obscurantisme et au joug des despotes. Les aspirations à la démocratie et au progrès social, qui sont les moteurs de ces mobilisations, convergent en fait avec celle des peuples du monde entier. Ce n’est pas un hasard si les « Indignés » de l’État espagnol se sont inspirés des rassemblements géants de la place Tahrir. Prenant son envol quatorze jours après la chute du dictateur tunisien, la révolution égyptienne a constitué un chaînon décisif de cette vague qui secoue la région arabe.

Ce pays était jusqu’à présent mal connu de la plupart des militant-e-s française-s. L’Union syndicale Solidaires avait établi quelques contacts avec des militants cherchant à mettre sur pied un mouvement syndical indépendant du pouvoir. Nous avions notamment rencontré, en janvier 2010, Kamal Abou Aita du tout nouveau syndicat indépendant des impôts fonciers et Kamal Abbas de l’association CTUWS. ( Rencontre de Marseille du réseau syndical euro-maghrébin (janvier 2010) Nous étions loin d’imaginer, à l’époque, que nous serions amenés aussi rapidement à poursuivre de tels échanges dans un tout autre cadre. Fin mai 2011, une délégation de Solidaires s’est en effet rendue en Égypte. Ce voyage a notamment permis de rencontrer la Confédération syndicale indépendante récemment créée, plusieurs de ses structures professionnelles dont celles de l’enseignement, deux associations (ECESR et CTUWS) aidant à la mise en place d’un syndicalisme indépendant du pouvoir, une association féministe (Femme Nouvelle) tournée vers le monde du travail, et la plupart des forces politiques de gauche. Nous avons bénéficié pour ce voyage de l’aide de Françoise Clément, Mélanie Souad, Omar El Shaffei et Didier Monciaud, quatre chercheur-e-s et militant-es : sans leur aide, nombre de ces rencontres n’auraient pas eu lieu.

Ce dossier rassemble une série d’éléments visant à mieux comprendre le processus en cours et faciliter l’organisation d’actions de solidarité. On y trouve le contenu d’échanges avec nos interlocuteurs égyptiens, ainsi que des éléments glanés auprès de divers chercheur-e-s. Ce recueil est volontairement centré sur le rôle du monde du travail en s’efforçant d’y intégrer sa composante féminine.

Loin du brouhaha des médias et de leur imposition de réalités tronquées, erronées ou falsifiées, qui se résument, le plus souvent, à un affrontement entre « islamistes » et « processus démocratique », oubliant, gommant, niant, d’une part les populations et les organismes sociaux qu’elles construisent et d’autre part le pouvoir militaire toujours en place. Après les révolutions déguisées en pages Facebook, des révolutions sans actrices et acteurs !!!.

La brochure, écrite fin août 2011, permet de « mieux comprendre le processus en cours et faciliter l’organisation d’actions de solidarité ». Les différents textes, présentent à la fois l’historique récente, les forces sociales organisées, dont les organisations syndicales nouvelles, et les organisations des femmes. Pour beaucoup cela sera la découverte des grèves de la dernière décennie et celles plus actuelles.

J’ai particulièrement apprécié l’entretien avec Fatma Ramadan et celui de Nawla Darwiche sur « L’association femme nouvelle », et les textes sur « La construction du syndicat indépendant » et sur « La difficile lutte des femmes travailleuses ».

Des regards et des analyses de syndicalistes, c’est à dire aussi politiques et internationalistes. Indispensable.

En compléments possible :

ContreTemps N°11, troisième trimestre 2011 (Editions Syllepse, Paris 2011)  La réduction de la révolution au phénomène Facebook et à sa dimension démocratique est une lecture impressionniste  et l’indispensable ouvrage sous la direction de Vincent Battesti et François Ireton : L’Égypte au présent. Inventaire d’une société avant une révolution (Editions Sindbad, Arles 2011) Un présent réel, loin d’un monolithique orient euro-construit

Solidaires International

N°7, novembre 2011, 120 pages, 2 euros

Didier Epsztajn

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