Briser le silence qui a enseveli les paroles des révoltés enfermés

Les prisonniers sud- africains se sont révoltés à de multiples occasions. Et particulièrement en 1994, dans cet entre deux, après la chute de l’apartheid et avant la stabilisation d’un nouveau régime, loin des espérances. « Qu’ils soient le dernier sursaut des prisons de l’apartheid ou la première insurrection contre les institutions pénitentiaires démocratiques, ces mouvements, de par leur ampleur, constituent un moment d’intensité exceptionnelle dans l’histoire nationale et internationale des révoltes carcérales. »

En relatant ces révoltes, l’auteure s’interroge et nous interroge sur le « droit commun » dans un régime d’exception, sur la signification de la notion de crime dans un régime criminel et plus largement sur les prisons et les privations de liberté au nom de la défense de la société. « Elles nous rappellent avec acuité que les sociétés qui tentent d’établir de nouvelles bases du vivre-ensemble recréent par là même les marges où elles rejetteront tous ceux qu’elles considèrent comme déviant du droit chemin de la citoyenneté et de la bienséance. »

Les sociétés donnent à la prison de multiples rôles, tous discutables, les cellules d’enfermement peuvent être individuelle ou collective, dans ce cas « le but est simple : entreposer et contrôler de très nombreuses personnes dont le statut est passé d’être humain à prisonnier ».

Pour l’auteure « L’objectif est de déchiffrer sous le désordre apparent de la mutinerie, le sens inventé et ressenti sur le moment par les acteurs » et plus profondément « la question de savoir pourquoi les sociétés jugent nécessaire d’enfermer ceux qu’elles n’arrivent pas à contrôler émerge de nouveau. »

Un récit poignant et des réflexions qu’il serait trop facile de limiter à l’Afrique du Sud.

Natacha Filippi : Brûler les prisons de l’apartheid. Révoltes de prisonniers en Afrique du Sud

Editions Syllepse (www.syllepse.net), Paris 2012, 262 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

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