L’horreur de cette nuit pluvieuse

En ouverture, un poème de Kateb Yacine cité par Gilles Manceron.

« Peuple français, tu as tout vu

Oui, tout vu de tes propres yeux.

Tu as vu notre sang couler

Tu as vu la police

Assommer les manifestants

Et les jeter dans la Seine.

La Seine rougissante

N’a pas cessé les jours suivants

De vomir à la face

Du peuple de la Commune

Ces corps martyrisés

Qui rappelaient aux Parisiens

Leurs propres révolutions

Leur propre résistance.

Peuple français, tu as tout vu,

Oui, tout vu de tes propres yeux,

Et maintenant vas-tu parler ?

Et maintenant vas-tu te taire ? »

La vérité devient enfin visible, même si elle n’est toujours pas reconnue par l’État massacreur, l’État colonisateur, cette république aux mains sanglantes.

Le mouvement ouvrier français a fait de Charonne, le massacre à commémorer, pour mieux cacher, taire, oublier le massacre de ces parias qui « ont eu, de surcroît, l’impudence de s’habiller comme des citoyens, de porter des vestons, des chemises blanches, des cravates, des robes et des vêtements du dimanche, pour affirmer en plein paris qu’ils ne voulaient plus être les inconnus des colonies, des bidonvilles et des banlieues lointaines, dépourvus d’existence et d’égalité. »

Il faut lire les textes de l’époque, ces pages policières, répressives et assassines de l’histoire de l’État français. Mais il ne faut oublier cette guerre menée, entre autres, par la SFIO, le vote des pleins pouvoirs au gouvernement pour faire « la police en Algérie » par le PCF (au nom probablement du moindre mal et d’une version de l’internationalisme prolétarien transformée en pur chauvinisme). Elles et ils n’étaient pas nombreuses et nombreux, celles et ceux qui ont soutenu la lutte pour l’indépendance. Il ne faut les confondre avec celles et ceux qui ont attendu la fin des années 50 voir le début des années 60 pour passer du peu glorieux « Paix en Algérie » au nécessaire « Autodétermination des algérien-ne-s » et « Indépendance pour l’Algérie »

Un livre pour qu’enfin soit reconnus les crimes d’État, celui du 17 octobre 1961 et tous les autres, dans toutes les colonies d’hier et d’aujourd’hui.

Appel : 17 octobre 1961 – 17 octobre 2011 50ème anniversaire : Vérité et Justice

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre feu discriminatoire qui leur avait été imposé par Maurice Papon, Préfet de police de Paris. Ils défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés ou, pour nombre d’entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrêmes des forces de police.

50 ans après, la Vérité est en marche. Cependant, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées, – en particulier la Guerre d’Algérie – non plus que dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elles ont entraînés, comme ce crime d’État que constitue le 17 octobre 1961. Certains osent encore aujourd’hui continuer à parler des « bienfaits de la colonisation », célébrer le putsch des généraux àAlger contre la République et le pouvoir encourage les nostalgiques de l’Algérie Française et de l’OAS.

La « Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie « , dotée de plus de 7 millions d’euros, créée en application de l’article 3 (dont l’abrogation est demandée sous sa forme actuelle)de la loi du 23 février 2005 vantant les « aspects positifs de la colonisation » est sous la coupe d’associations nostalgiques qui voudraient pouvoir exiger des historiens qu’ils se plient à la mémoire de « certains » témoins. Pour être fidèles à leur mission scientifique, les historiens ont besoin de pouvoir accéder librement aux archives, échapper aux contrôles des pouvoirs ou des groupes de pression et travailler ensemble, avec leurs homologue des deux rives de la Méditerranée. La vérité doit être dite sur l’organisation criminelle de l’OAS que certains, au sein même du parti du Président de la République, cherchent à réhabiliter. Ce n’est qu’à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la guerre d’Algérie, à savoir le racisme dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyens ou de ressortissants d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières récurrentes, parfois meurtrières.

On ne construit pas la démocratie sur des mensonges et des occultations. 50 ans après, il est temps :

  • que les plus hautes Autorités de la République reconnaissent les massacres commis par la Police Parisienne le 17 octobre 1961 et les jours suivants, comme un crime d’Etat.

  • que la Fondation pour la Mémoire de la guerre d’Algérie soit re-fondée sur des bases totalement différentes.

  • que la liberté d’accès aux archives soit effective pour tous, historiens et citoyens.

  • que la recherche historique sur ces questions soit encouragée, dans un cadre franco-algérien, international et indépendant.

Toutes les associations, organisations (syndicats, partis politiques…) qui souhaitent signer cet appel doivent prendre contact en confirmant leur accord avec un message adressé à contact@17octobre61.org 

Association Sortir du colonialisme : Le 17 octobre 1961 par les textes de l’époque

Préface de Gilles Manceron, postface d’Henri Pouillot

Les Petits matins, Paris 2011, 128 pages, 5 euros

Didier Epsztajn

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