Pénètrer dans la zone interdite, dans le saint des saints du système capitaliste, là où, par définition, n’est toléré aucun intrus !

Le livre de François Chesnais permet un approfondissement des analyses de la crise et la poursuite de la réflexion autour des dettes illégitimes.

La première partie de son livre est centrée sur « Le pouvoir de la finance, ses assises et formes organisationnelles actuelles ». L’auteur décrit les politiques institutionnelles qui ont rendu le pouvoir aux conglomérats bancaires et plus généralement ont permis à la finance de renforcer son rôle, puis d’affirmer sa domination dans le système capitaliste actuel.

(Pour une analyse approfondie des mécanismes de fonctionnement du système capitaliste, je conseille le livre de Michel Husson : Un pur capitalisme (Éditions Page deux, Lausanne 2008, La crise est certaine, mais la catastrophe ne l’est pas

Puis l’auteur analyse les rapports entre « Crise de la dette européenne et crise mondiale », et en particulier les limites, « le cul de sac », de la croissance par l’endettement. Il souligne, ce qui est plus rare, l’endettement des banques et ce qui est nommé, faute d’être visible sur la place publique ‘shadow banking‘.

Le niveau des dettes connaît un accroissement « sous le double effet de la récession et du sauvetage des banques », dans le cadre maintenu d’une baisse de la fiscalité pour les possédants et les entreprises. L’auteur rappelle le rôle de la spéculation et des crédits immobiliers, celui de la ‘libre création monétaire‘ des établissements financiers et les politiques de taux des organismes indépendants tels la Banque Centrale Européenne (BCE).

La troisième partie est réservée à la question « Des dettes publiques illégitimes »

« L’injonction de payer la dette repose implicitement sur l’idée que des sommes, fruit d’une épargne patiemment constituée au cour d’une vie de dur labeur, auraient été prêtées. Cela est peut-être le cas des fonds de pension. Ce n’est pas celui des banques ou des Hedge funds»

Et l’auteur donne de multiples arguments sur le caractère illégitimes des dettes.

A souligner le cas de la Grèce, dont la dette a d’abord été contractée par la dictature des colonels puis par les gouvernements suivants pour organiser, entre autres, une corruption de grande ampleur, sans oublier le trucage des chiffres par l’ancien premier ministre Karamanlis, (non poursuivi par l’actuel gouvernement de Papandréou), les coûts liés à la tenue des Jeux olympiques de 2004 et surtout aux achats d’armes à la France et à l’Allemagne. La question de l’illégitimité est donc bien posée. Le caractère odieux de la dette aussi.

Pour le cas de la France l’auteur souligne trois mécanismes sources d’illégitimité : « des dépenses élevées ayant le caractère de cadeaux faits au capital ; un niveau bas de la fiscalité directe (impôts sur le revenu, le capital et le profit des entreprises) et sa très faible progressivité ; une évasion fiscale importante. »

Sur la fiscalité française, voir Les notes de la Fondation Copernic : Un impôt juste pour une société juste (Editions Syllepse, Paris 2011) Vive l’impôt réellement et fortement progressif

Nous sommes ici loin « de la dictature des marchés » mais bien d’une « profonde complicité des gouvernements avec la finance ». L’auteur revient sur le traité constitutionnel, la BCE et les politiques volontaristes des gouvernements, non pour régler les questions de la dette mais pour la faire payer à celles et ceux qui n’en sont aucunement responsables, au prix d’une stagnation (voire d’une récession) économique, de déficits encore plus importants et d’un creusement de cette dette à terme. L’exemple de la Grèce est bien là sous nos yeux pour les plus incrédules !

Se posent donc les politiques à mener pour annuler ces dettes odieuses et illégitimes.

François Chesnais indique la position du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) : « la campagne de dénonciation de la dette peut se faire sous le mot d’ordre du moratoire unilatéral sur le paiement de la dette, sans accumulation d’intérêts de retard, et s’accompagner d’un audit des emprunts publics. L’audit a pour but d’identifier les facteurs qui permettent de caractériser la dette comme illégitime, ainsi que ceux qui justifient ou même qui exigent néanmoins le remboursement d’une fraction de la dette à certains créanciers » et il ajoute qu’en France « (l’audit) permettrait de documenter jusque dans les détails le processus historique qui a contribué à chaque fois à la formation et à l’accroissement de la dette et d’identifier les créanciers qui pourraient être légitiment payés. »

Une citation du comité grec contre la dette s’impose : « en ouvrant et auditant ces livres, le mouvement citoyen ose l’impensable : il pénètre dans la zone interdite, dans le saint des saints du système capitaliste, là où, par définition, n’est toléré aucun intrus ! » et c’est bien un levier d’action démocratique, un des « leviers capables de créer les conditions d’une transition économique et sociale ».

Extraits du livre sur le site de ContreTemps http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C2%AB-dettes-ill%C3%A9gitimes-%C2%BB-fran%C3%A7ois-chesnais

En complément indispensable :

Sous la direction de Damien Millet et Éric Toussaint : La dette ou la vie ( CADTM et Editions Aden, Liège et Bruxelles 2011) FMI partout, justice nulle part !

Autres compléments possible : Article de Michel Husson Nationaliser les banques

et les nombreux articles de Damien Millet ou Éric Toussaint sur le site du CADTM http://www.cadtm.org/

François Chesnais : Les dettes illégitimes

Quand les banques font main basse sur les politiques publiques

Raison d’agir, Paris 2011, 156 pages, 8 euros

Didier Epsztajn

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.