Dieux et démons cachés sans nécessité dans le hasard objectif

Vincent Delecroix et Erwan Dianteill soulignent dans leur avant propos, des lignes de forces qui charpentent l’œuvre de Michael Löwy : « l’intérêt pour les formes de pensées créatives, insoumises, pour ne pas dire insolentes », « une œuvre transdisciplinaire qui refuse les barrières entre domaines scientifiques, qui conteste les normes académiques » et « une œuvre transfrontalière ».

Les contributions sont issues du colloque international sur l’œuvre de Michael Löwy qui s’est tenu à Paris les 12 et 13 mars 2009.

L’ouvrage est divisé en trois parties : « Images de l’homme et de l’œuvre », « Le romantisme et le marxisme travaillés par l’utopie » et « Judaïsme, christianisme, messianisme ». La postface de Michael Löwy est un « Hommage à Lucien Goldmann » dont les ouvrages sont aujourd’hui trop délaissés. Si l’ange de l’histoire de Walter Benjamin est souvent perché sur l’épaule des auteur-e-s, assez curieusement, nul-le n’évoque le temps retrouvé de Marcel Proust.

Fait assez rare, tous les articles de l’ouvrage méritent lecture et attention. Je ne vois pas comment évoquer tous ces textes, leurs qualités et les réflexions sur l’œuvre de Michaël Löwy, si ce n’est en fonction de mes propres questionnements. Je choisis très subjectivement quelques propos de quelques auteur-e-s.

Régine Azria évoque un tikkun, c’est-à-dire, une œuvre de réparation du monde et cite le kabbaliste Isaac Luria : recueillir les éclats de lumière brisés, dispersés lors de la catastrophe, celle de la brisure des vases. Sa lecture stimulante, n’en reste pas moins trop  »religieuse », pour moi.

Dans le très beau texte d’Enzo Traverso, je ne souligne que : « La révolution ne peut être conçue comme une  »locomotive de l’histoire », à l’époque où les rails et les locomotives nous font penser à la rampe d’Auschwitz, aux convois de la mort nazis ; elle apparaît plutôt comme un  »frein d’alarme » devant la catastrophe, mais elle n’a pas quitté notre horizon de visibilité, par moment elle l’a même rempli. »

Erwan Diantelli analyse les trois constellations de l’auteur « la constellation intègre le passé et le présent dans une totalité signifiante,  »messianique », en rupture avec l’idée continuitiste du temps historique. »

En relisant les travaux de l’auteur sur Rosa Luxembourg, Isabel Loureiro souligne la centralité de « l’activité autonome des masses populaires », le conditionnement réciproque des moyens et des fins et indique « Autrement dit, l’histoire est un processus ouvert dont l’issue dépend de l’action de ceux d’en bas, de leur conscience, de leur organisation, de leur initiative. »

J’ai de plus particulièrement apprécié le texte de Pierre Bouretz « Sur quelques affinités électives », ses critiques et ses interrogations.

Je laisse de coté, les textes autour du romantisme, dont les analyses de l’auteur avec celles de Robert Sayre sont incontournables. Si j’en saisis bien des aspects, elles ne me parlent cependant moins que d’autres parties de son œuvre.

Comment ne pas finir, par le premier texte du recueil, celui de Nicole Lapierre « Portraits de Michael Löwy par quelques-uns de ses auteurs favoris » dont est extrait le titre de cette note.

Un « exercice ludique et facétieux » qui nous parle, entre autres de : « Chapeau melon et gant de femme », « Horloge, fléchettes et coucou », « Jury, cotillons et cocottes en papier » et « Mais que vient faire le baratin, entre révolte et mélancolie ? ».

Une invitation à penser et à lire ou relire les ouvrages de Michaël Löwy. J’avoue avoir un faible particulier pour Rédemption et utopie. Le judaïsme libertaire en Europe centrale. Une étude d’affinité élective (PUF 1988, réédition Editions du Sandre 2009), Walter Benjamin, avertissement d’incendie. Une lecture des thèses  »Sur le concept d’histoire » (PUF 2001) et Franz Kafka, rêveur insoumis (Stock 2004).

« Ce que l’intellectuel anticapitaliste refuse n’est pas tel ou tel aspect quantitatif, partiel, superficiel, du mode de production capitaliste, mais son fondement même. Ce qu’il désire n’est pas une amélioration, une réforme ou un aménagement du système, mais son bouleversement total, et son remplacement par un mode de vie qualitativement différent. »

Je renvoie aussi aux lectures des derniers ouvrages de l’auteur :  Juifs hétérodoxes. Romantisme, messianisme, utopie ( Editions de l’éclat, Paris 2010 ) Ne pas faire l’économie d’une excursion par les sentiers de l’utopie

Sociologies et religion. Approches insolites (écrit avec Erwan Dianteill, PUF, Paris 2009) Transgression de barrières disciplinaires

Ecosocialisme. L’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste (Les petits libres, Mille et une nuits, Paris 2011)

Refuser le dilemme entre une belle mort radioactive et une lente asphyxie due au réchauffement global

Sous la direction de Vincent Delecroix et Erwan Dianteill : Cartographie de l’utopie. L’œuvre indisciplinée de Michael Löwy

Sandre Actes, Paris 2011, 203 pages, 24 euros

Didier Epsztajn

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