Prendre en considération la tradition messianique et la place du yiddish

Début de vingtième siècle, la création d’organisations du mouvement ouvrier, prend de nombreuses routes, à l’instar de ces récits aux États-Unis formant la première partie du livre. Un mouvement ouvrier de langue yiddish se transforme en mouvement ouvrier juif, la « question nationale » se combine aux luttes syndicales et politiques. Revisiter ou découvrir ces paysages permet d’essayer de comprendre leurs histoires. Mais au delà des différences, probablement irréductibles, cela pourrait permettre de rouvrir des pistes de réflexion sur la complexité du monde et sur les modalités d’élaboration d’alternative(s) radicale(s) et majoritaires n’écrasant pas les « minorités ».

Nathan Weinstock nous rappelle que la notion même de mouvement ouvrier juif « est à la fois précise et floue ; elle recouvre une fraction bien délimitée du mouvement syndical (en particulier la confection new-yorkaise), des organisations ouvrières juives et divers groupements d’entraide à vocation ouvrière et mutuelliste ». Par ailleurs il souligne que les protagonistes de l’époque se considéraient comme « des socialistes de langue yiddish. Le concept de ‘socialisme juif’ leur était étranger. »

Cette histoire des grèves et des organisations aux États-Unis, fait ressortir la prégnance du messianisme dans les luttes pour améliorer les conditions d’existence immédiate et pour le socialisme pensé ou rêvé. L’auteur pointe aussi le rôle de la répression (sans oublier le rôle du gangstérisme) du mouvement syndical, des luttes ouvrières, cette répression constante dans le « pays des droits individuels », pour autant qu’ils ne soient pas collectifs.

Tout aussi intéressant est le chapitre sur Buenos-aires, les luttes des « mouvements professionnels », la place de la jeunesse ouvrière contre les proxénètes (juifs).

Concernant la Palestine, Nathan Weinstock souligne le caractère très particulier du mouvement ouvrier. Cela donnera, plus tard, une la construction « ethnique » du mouvement syndical et le refus organisé par le sionisme du droit au travail pour les palestinien-ne-s. De ce point de vue, et contrairement à ce qui est indiqué dans la préface, on ne saurait considérer le kibboutz comme « la réalisation la plus marquante de l’idéal de fraternité incarné par le courant socialiste » car son développement se fait par l’expropriation des terres puis l’expulsion des palestinien-ne-s. Il s’agit en fait d’un « idéal » ethnique qui relativise très fortement les modalités internes d’organisation.

Enfin l’auteur présente des éléments peu connus sur le mouvement anarchiste juif et les évolutions en son sein.

Ces histoires ne sont pas des blagues juives, mais des prolongement outre atlantique du Yiddishland, du Yiddishland révolutionnaire.( Voir à ce sujet le très beau livre d’Alain Brossat et Sylvia Klingberg : Le Yiddishland révolutionnaire, rééditions Syllepse, Paris 2009) Un univers, un espace social et culturel, linguistique et religieux

De cette période, il ne reste aujourd’hui que des traces historiquement situées, il nous appartient qu’elles ne soient pas totalement effacées. Du même auteur, un ouvrage incontournable : Le pain de la misère, histoire du mouvement ouvrier juif en Europe, 1984, réédité à La Découverte

Nathan Weinstock : Terres Promises. Avatars du mouvement ouvrier juif au-delà des mers autour de 1900. États-Unis, Canada, Argentine, Palestine

Editions Metropolis, Genève 2001, 212 pages, 20,60 euros

Didier Epsztajn

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