Sous sa forme de marchandise, la valeur opacifie et mystifie la réalité sociale

Alain Bihr insiste sur le dispositif d’exposition de l’œuvre majeure de Karl Marx Le Capital.

Sa lecturemet en avant la cohérence et la logique de l’ensemble. L’auteur nous rappelle que nous n’avons pas à faire un ouvrage d’économie mais à une Critique de l’économie politiqueLa critique marxienne ne saurait être rabattue sur sa seule dimension scientifique, car elle est avant tout, une critique sociale. Le projet sous-tendant l’œuvre de Karl Marx est un renversement de ce « monde à l’envers » et la maîtrise démocratique, par toutes et tous, des conditions d’existence.

Au centre de cette logique méconnue du Capital, Alain Bihr développe sur les différents niveaux de fétichisme. Ce n’est pas la seule lecture qui a été fait de cette œuvre, mais je partage avec l’auteur le choix de cette catégorie comme dimension centrale de la critique de l’économie politique.

Le découpage proposé par l’auteur suit les différents livres du Capital :

  • Livre I : le développement de la production capitaliste

  • Livre II : Le procès de la circulation du capital

  • Livre III : le procès d’ensemble de la production capitaliste

Dans sa conclusion Alain Bihr traitera « Et le Livre IV ? » et de « L’avenir du ‘Capital’ »

Je choisit quelques citations, pour illustrer la richesse des élaborations, les analyses qu’il nous faut nécessairement discuter, enrichir, corriger ou pour donner un aperçu de ces abstractions concrètes qui nous aident à comprendre le fonctionnement objectif du système capitaliste, au delà des apparences secrétées par son fonctionnement même.

* « La socialisation du procès de travail. Le véritable sujet de ce procès est désormais un travailleur collectif, constitué d’un grand nombre de travailleurs individuels rassemblés, organisés et dirigés par le capital qui, selon la formule consacrée, est plus ou autre chose que la simple somme de ces derniers. »

* « Avec la soumission réelle du travail au capital, la loi de la valeur ne fonctionne plus seulement comme principe régulateur de la circulation des marchandises. De loi externe au procès de production, réglant a posteriori la circulation des marchandises en exigeant qu’elles soient échangées équivalent contre équivalent, elle devient une loi interne à ce procès, réglant a priori leur production en exigeant que n’y soit dépensée que la quantité de travail social nécessaire en moyenne. 

* « Ainsi la valeur en procès qu’est le capital, valeur tendant à l’autonomie, ne peut pourtant pas s’émanciper totalement de la valeur d’usage de ses propre produits et, à travers elle, des besoins sociaux qu’ils doivent satisfaire, qui conditionnent directement sa reproduction en valeur. 

* « Autant dire que le taux de profit participe pleinement du fétichisme du capital pour lequel rienque le capital mais toutle capital participe à sa propre valorisation. Toute trace de la contribution essentielle du travail et de son exploitation à cette dernière a disparu. »

* « La formation d’un tel taux de profit moyen implique qu’un capital quelconque ne s’approprie pas, en règle générale, une quantité de plus-value égale à celle qu’il a lui même formée. Il s’en approprie plus ou moins selon qu’il opère dans des conditions de valorisation moins ou plus favorables que celles que connaît la moyenne des capitaux. »

* « Le capital fictif est donc le moment où la valeur semble s’émanciper totalement des contraintes et des limites du procès cyclique de reproduction du capital (unité du procès de production et du procès de circulation), où elle semble se détacher de sa propre substance, le travail social, où elle semble pouvoir mener une vie propre dans un monde à part, l’univers de la finance. » ; « Sa fiction est l’indice du degré d’abstraction concrète auquel est parvenue la valeur dans son mouvement d’autonomisation. »

* « Sous forme du capital fictif, la valeur est alors à l’image de ces personnages de dessins animés dont la course ne peut se poursuivre que tant qu’ils n’ont pas conscience qu’ils sont suspendus dans le vide. »

Si la lecture de l’ouvrage est facilité par les choix d’exposition, il me semble qu’il aurait fallu, au moins indiquer les différentes lectures qui ont été faites de l’œuvre de Karl Marx; signaler des ambiguïtés internes aux textes, souligner les débats nécessaires, prenant en compte les évolutions du système (comme par exemple sur le rôle de l’État).

« Car tant que perdurera l’inversion qui soumet les hommes à la loi des choses qu’ils ont créées et qui érige inversement ces dernières en idoles barbares exigeant des sacrifices humains comme condition de la poursuite de leur règne, il faudra en reprendre mais aussi en prolonger et en actualiser la critique, théorique et pratique. »

Une première approche très abordable.

Trois ouvrages pour aller un peu plus loin :

Antoine Artous Le fétichisme chez Marx – Le marxisme comme théorie critiqueMarchandise, objectivité, rapports sociaux et fétichisme

Isaak I. Roubine Essais sur la théorie de la valeur de MarxLe marxisme n’est pas un économisme

Michel Husson Un pur capitalismeLa crise est certaine, mais la catastrophe ne l’est pas

Alain Bihr : La logique méconnue du « Capital »

Editions Page 2, Lausanne 2010, 124 pages, 9,50 euros

Didier Epsztajn

 

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