Dashiell Hammett, le retour définitif

Pour des raisons obscures, Dashiell Hammett, le créateur du polar – à différencier du roman policier type Agatha Christie et son détective belge Hercule Poirot -, fait l’objet d’une redécouverte, plus exactement d’une réhabilitation. Successivement Gallimard dans sa collection « Quarto » a, dans une nouvelle traduction, publié tous les romans (Polars, jazz… Splendeurs et misères du 20e siècle) puis Omnibus vient de proposer l’intégrale de ses nouvelles, à partir de 1922, au moment où il ne peut plus être détective en fonction de sa maladie. Ses nouvelles peuvent se lire de deux façons. Immédiate pour s’apercevoir du talent du conteur, de sa capacité à cerner les personnages en deux coups de crayon, ou plus distanciée pour comprendre comment il « cannibalise » – le mot est de Raymond Chandler qu’il faudrait aussi redécouvrir – les petites histoires pour les intégrer dans ses futurs romans. Il est nécessaire de le lire intégralement. Pour apercevoir ce qui le fait écrire : l’indignation, la révolte devant une société qui écrase, qui corrompt. Il dénonce paradoxalement sans violence. Malgré les cadavres qui ont tendance à s’accumuler pour répondre aux vœux de son rédacteur en chef. Jamais de cri, jamais de grands discours. Le détective n’a pas de nom sinon « Continental Op » ce qui ne l’empêche pas de dire « je » et de raconter l’histoire à la première personne. Tout est dans les dialogues, dans la description. Aucun pathos ni de larmes mais une vraie revanche sociale. Toutes les nouvelles réunies ici ne sont pas policières, elles démontrent le talent qui se cherche de l’auteur qui dira « lorsque vous prenez conscience que vous avez un style, c’est le début de la fin ». Il arrêtera d’écrire dans les années 1940, se fera interner dans les geôles du mccarthysme triomphant refusant de donner des mots des sympathisants du parti Communiste ou de l’URSS et mourra le 10 janvier 1961. Serait-ce la cause de l’intérêt pour cet auteur ?

Dashiell Hammett : Coups de feu dans la nuit. L’intégrale des nouvelles »

Préface de Richard Layman, présentation et responsable de cette édition et de certaines traductions, Nathalie Beunat, Omnibus, 1292 pages

Nicolas Béniès


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.