Quel ordre social pour quelles politiques ? (Une théorisation nouvelle qui voudrait comprendre le monde)

Un tremblement de terre théorique nous vient des Etats-Unis. Le libéralisme était jusque là la référence unique. Les politologues avaient construit un système normatif commun à tous les pays qui devaient répondre aux mêmes impératifs. La politique économique prônée par le FMI et la Banque mondiale était très révélatrice : la même potion pour tout le monde et chacun quel que soit le développement de l’économie monétaire, du capitalisme. Les effets catastrophiques sont des constats partagés qui poussent à de nouvelles conceptions. Mais c’est la crise systémique du capitalisme qui a provoqué la plus forte remise en cause du libéralisme. Aux États-Unis, toutes les associations d’enseignants en économie recherchent d’autres paradigmes. Elles sont en train de réfléchir à de nouveaux programmes en rupture avec l’idéologie libérale et à la représentation de la réalité « mathématifiée » via les modèles économétriques qui ont pris le pas sur la réalité, une sorte de coup d’État des mathématiques sur la réalité, sur le raisonnement économique.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’intérêt de la thèse développée par Douglass C. North – co-Nobel d’économie en 1993 -, John Joseph Wallis – historien de l’économie – et Barry R. Weingast – politologue -, « Violence et ordre social ». Unissant leurs connaissances, ils proposent un nouveau paysage conceptuel. Reprenant, sans le citer, la problématique de Dühring, ils font de la régulation de la violence le problème essentiel de la constitution des ordres sociaux. Ils s’autorisent même à refaire l’histoire du monde. Les ordres sociaux pré capitalistes (Traduction personnelle, ce concept ne fait pas partie de la méthodologie des auteurs) sont qualifiés d’« États Naturels » pour la gestion de la violence via des prébendes, rentes et privilèges, soit une utilisation non productive de l’économie, tandis que le monde « moderne » se différencie en deux modèles, un dit « d’accès limité », celui des pays du tiers-monde (Une fois encore je traduis) et le dernier dit « d’accès ouvert », celui des pays capitalistes développés. Ils en déduisent que les politiques valables pour le dernier ne le sont pas pour le premier. Les organisations internationales doivent intégrer cette différenciation pour définir leur modalité d’intervention.

Une thèse qui, à la fois, fait la démonstration de la crise que vit l’idéologie libérale incapable d’expliquer le monde, et la volonté de ces auteurs de continuer à ignorer Marx (Voir Nicolas Béniès, « Marx, le capitalisme et les crises », La Ville Brûle, Les citations ne servent qu’à fixer les idées et non à épuiser les problèmes) et ses concepts qui font la preuve de leur efficacité comme le reconnaissent des revues comme le « Financial Times ». Notamment, ils font l’impasse sur le colonialisme et l’impérialisme, sans parler de la domination des marchés financiers comme des causes du sous-développement. Les pays dits émergents, comme la Chine et le Brésil, font la preuve concrète que cette construction reste idéologique. Ils expriment la nécessité de construire de nouvelles théorisations pour comprendre le monde.

Douglass C. North, John Joseph Wallis, Barry R. Weingast : Violences et ordres sociaux 

Gallimard/Bibliothèque des Sciences Humaines, 458 pages, 21,90 euros

Nicolas Béniès

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