Revisiter les rouages de la violence du monde colonial post-esclavagiste

Dans son propos introductif, Gilbert Pago indique que se pencher sur l’histoire de l’insurrection paysanne de 1870 en Martinique permet de « comprendre le chemin qu’il reste à parcourir pour consacrer une place reconnue à l’histoire des peuples coloniaux dans leurs interactions avec celles des colonisateurs ».

Il terminera cette introduction en soulignant que « les portes d’entrée ouvertes par l’histoire du genre qui permettent non seulement de rendre visibles ces actrices de l’histoire que sont les femme mais surtout d’interroger les rapports de force entre les sexes qui imprègnent toutes les relations à l’intérieur des formations sociales ». Puissent tous les historiens en faire de même !!!

Dans la première partie de l’ouvrage « Une colonie se révolte », j’attire l’attention sur les analyses de « l’arrière plan de la violence, sociale et raciale » et sur « La déferlante de l’insurrection » ainsi que sur le chapitre « La mécanique implacable de la répression ».

Dans la seconde partie « Réprimer et punir ce monde étrange des insurgés », l’auteur souligne à la fois « le caractère massif des arrestations opérées après l’insurrection », l’absence de preuve pour la majorité des inculpé-e-s et la « position de la défense » : « La défense se place donc délibérément du coté de l’ordre et condamne unanimement l’insurrection. Elle ne cherche ni à l’expliquer, ni à la comprendre. L’insurrection est présentée par elle comme un malheur regrettable, un événement fortuit qui n’a pas sa place dans la vie martiniquaise. Cet événement serait le fait d’insensés, de mauvais génies, de brebis galeuses. Pour la défense, il ne peut s’agir d’un acte de protestation contre les inégalités sociales, contre l’injustice. Il n’y aurait là qu’aveuglement et folie. »

Gilbert Pagoprend en compte la participation des femmes et dresse le portrait de trois d’entre elles : Madeleine Clem, Rosanie Soleil et Lumina Sophie, dite Surprise. Il analyse aussi les différents positionnements, les espérances ou les illusions de « la moyenne bourgeoisie de couleur qui ne se pensait qu’au prisme d’une France républicaine mythifiée, totalement fantasmée..

Dans un dernier chapitre « Le nouveau terrain politique et social », l’auteur analyse les rapports entre politique, représentation institutionnelle et pouvoir « Les békés sont écartés des postes électifs, mais la base de leur puissance matérielle est intacte. Tout en obtenant des réformes importantes et positive, la petite bourgeoisie en vise pas à la destruction de leur pouvoir. Les békés restent maîtres du jeu. Les ouvriers défaits se remettent lentement. Leur défaite accentue leur malheur en permettant leur surexploitation ».

Un pan d’histoire à connaître.

Gilbert Pago : L’insurrection de Martinique 1870-1871

Editions Syllepse (www.syllepse.netParis 2011, 154 pages, 9 euros

Didier Epsztajn

 

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