Une espèce en voie de disparition : Le tigre celtique

L’Irlande du Sud – l’Eire pour tous les cruciverbistes et l’Union Européenne – fait partie des PIIGS (Pour Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Spain, « cochons » en anglais. On voit le mépris de ces marchés), acronyme des marchés financiers pour qualifier les pays dits de la périphérie de l’UE, dans le collimateur des spéculateurs et des agences de notation qui viennent de dégrader sa note. La conséquence est immédiate, ses taux d’intérêts vont grimper en flèche. Comme pour la dette souveraine du Portugal, de l’Espagne en particulier. C’est une crise globale de l’euro.

Les causes de la crise sont aussi internes. C’est tout un modèle de développement basé sur le néo libéralisme, dit « Celtic Tiger », qui s’écroule. Il reposait sur la faible imposition des entreprises (12,5% de taux d’impôt sur les sociétés) et sur les exportations. Les filiales « plate-forme » des grandes entreprises américaines ou britanniques se sont multipliées pour exporter vers les autres pays, bénéficiant d’un faible coût de la main d’œuvre. Le PIB de 164 milliards d’euros (en 2009) était tiré à hauteur de 91% par les exportations. Dans le même temps, les banques ont multiplié les prêts aux ménages pour leur permettre de devenir propriétaires. Cette « bulle » financière a éclaté dans la suite logique de la crise bancaire ouverte après la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. « Bulle » signifiant que les banques ont prêté au-delà des capacités de remboursement des ménages, situation qui ressemble à celle des États-Unis ou de la Grande-Bretagne. L’endettement atteignait plus de 190% du PIB.

Aujourd’hui, les banques irlandaises sont en quasi-faillite. Sans l’aide de l’État, elles auraient disparu. Il a nationalisé la Anglo Irish et aidé les autres banques à hauteur de plus de 48 milliards d’euros. Dans la poursuite de la crise, il prévoit – peut-être après les élections, la crise politique est une des dimensions de cette tourmente – de nationaliser toutes les banques, pour socialiser les pertes. Pourquoi ne pas servir de cette nationalisation pour créer un pôle financier public qui se pose la question d’aider les ménages surendettés, d’orienter la création d’entreprises vers des activités nouvelles, de développer les services publics et l’emploi ? Ces thèmes devraient être ceux de la prochaine campagne électorale et non pas l’assaut de politiques d’austérité toujours préconisées par le FMI.

Pourtant, ses réserves de change sont importantes et s’expliquent par les exportations. Elle est donc moins directement dépendante des marchés financiers. Sa dégradation provient des doutes sur sa croissance. La politique d’austérité drastique qui a été décidée pour faire baisser le déficit budgétaire, un déficit de 32% soit un tiers du PIB (Pour donner un ordre d’idée, le PIB de l’Irlande se montait, en 2009, à 164 milliards d’euros. On voit que le prêt des 16 pays de la zone euro via le FESF – une société de droit luxembourgeois – et du FMI de 90 à 100 milliards d’euros sera difficile à gérer), aura des conséquences dramatiques sur la croissance et sur le niveau de vie des populations. D’autant qu’une des causes de ce déficit est justement l’aide aux banques. Pour la première fois depuis longtemps, un mouvement social commence à percer contre cette politique de diminution des dépenses publiques, de baisse du coût du travail et de l’imposition des entreprises se traduisant par une énorme augmentation du chômage. Les salariés n’ont d’autre solution que l’émigration. Le tigre ne se relèvera pas. Les inégalités sont trop criantes. Le prêt de l’UE, de l’ordre de 90 milliards d’euros, ne sauvera pas l’espèce.

Le pays est en train de s’enfoncer dans une profonde récession. Aucune solution n’apparaît. Ce serait le moment de s’interroger sur un autre modèle de développement reposant sur d’autres politiques.

Novembre 2010

Nicolas Béniès

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