Exploitation sociale et oppression nationale

L’introduction de l’auteure renvoi à l’Europe de la fin de la guerre et à l’émigration de ses parents, non sionistes, en Israël « Ce n’est pas seulement que la plupart des gens avaient participé à la psychose antipluraliste de l’Allemagne nazie et accepté dans l’indifférence la mise à l’écart progressive, puis définitive des juifs. C’était surtout la facilité avec laquelle avait été accepté le vide qui en était résulté. Aujourd’hui je sais que c’est ce vide – les rues familières qui criaient désormais le meurtre de la famille, des amis et des voisins – qui poussa mes parents, avec des centaines d’autres de milliers de survivants, à fuir, à se choisir un nouveau pays, là où poussent les orangers et les oliviers, dans l’aveuglante blancheur du soleil » et où vivaient d’autres, les palestinien-ne-s devrait-on ajouter.

 Amira Hass traite de tous les aspects de la vie à Gaza. J’indique les titres des différents chapitres : « Le gouvernement militaire a déménagé », « Des tracts dans les couches du bébé », « Le bougainvillier et le tas de gravats », « Khaled change de parti », « C’est écrit dans le Coran », « Un impôt sur l’existence », « Nous sommes du même village », « Libres, excluses » (cette partie sur les femmes aurait méritée un plus ample développement, tant l’invisibilité des palestiniennes frappent dans les écrits sur la Palestine), « Ramener les prisonniers de guerre », « Un permis pour hier », « On attend d’avoir quarante ans », « Le moteur a calé » et « Le peuple en arme ».

Puisse, cette liste encourager les lectrices et les lecteurs à se plonger dans ce remarquable ouvrage, terriblement actuel, au delà des années 1993-1996.

L’auteur nous décrit tout à la fois la vie quotidienne des palestinien-ne-s, leurs organisations et leurs évolutions, la corruption et les dérives militaristes internes, les relations à la mémoire et au territoire, la place mouvante de la religion, les quotidiens des passages ou des blocus de la frontière, les causes des attentats (dont la définition très extensive des pouvoirs sionistes) « Mais comme toutes les puissances d’occupation, Israël – qui contrôlait pourtant les territoires depuis près de trente ans – n’avait toujours pas appris que la résistance et le terrorisme sont des réponses à l’occupation elle-même et à la forme de terrorisme représentée par la domination étrangère. Israël n’avait pas davantage appris à faire la distinction entre un acte de résistance comme jeter des pierres ou tirer sur des soldats à l’intérieur du territoire sous occupation, et le fait d’assassiner des civils à l’intérieur de ses propres frontières internationales. »

Elle analyse aussi les relations économiques internes, la place du travail et des échanges avec Israël, les mesquineries bureaucratiques de l’État d’Israël et ses mensonges permanents, les conséquences sociales des bouclages du territoire.

Amira Hass souligne aussi l’accueil chaleureux et les échanges quotidiens de l’auteure juive israélienne installée comme journaliste à Gaza.

 Puisse ce livre permettre justement, en référence à l’introduction de l’auteure, d’écarter l’indifférence et l’acceptation du vide créé par l’expulsion des palestiniens en 1948, de dévoiler, un peu plus, les dénis, les spoliations, les enfermements ou les violences envers ces populations, en l’occurrence les gaziotes, au centre de cet ouvrage.

A lire aussi les chroniques suivantes d’Amira Hass : Correspondante à Ramallah 1997-2003 (La fabrique, Paris 2004).

A compléter, entre autres, par des livres chez le même éditeur : Gidéon Levy : Gaza. Articles pour Haaretz, 2006-2009 (Paris 2009) Crimes de guerre,  Eric Hazan : Notes sur l’occupation (Paris 2006) Naplouse, Kalkilya, Hébron : la violence quotidienne

 et les ouvrages de Tanaya Reinhart : Détruire la Palestine ou comment terminer la guerre de 1948 (Paris 2002) et L’héritage de Sharon – Détruire la Palestine, suite (Paris 2006) Une société qui veut maintenir des millions d’hommes en prison doit évoluer en durcissant progressivement les moyens d’oppression.

Amira Hass : Boire la mer à Gaza. Chronique 1993-1996

La fabrique éditions, Paris 2001, 583 pages, 23 euros

Didier Epsztajn

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