Rapports sociaux consubstantiels et coextensifs

Ce livre traite de l’imbrication des rapports de pouvoir, de la division sexuelle et raciale du travail, de la complexité des déterminations historico-sociales.

Par leur qualité globalisante, deux textes me semblent particulièrement important. D’une part l’introduction remarquable d’Elsa Dorlin « Vers une épistémologie des résistances » qui résume, présente et met en perspective l’ensemble des thématiques de l’ouvrage. D’autre part le texte de Danielle Kergoat qui synthétise les apports des recherches sur « Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux ».

Les auteures refusent de raisonner en termes d’entités figées, insistent sur la complexité et la nature fondamentalement relationnelle, antagonique du pouvoir. Nécessité de comprendre pour pouvoir penser les libérations nécessaires « C’est un effort pour penser -et donner une méthode pour penser – tant la pluralité des régimes de pouvoir que l’alchimie qui transforme, à plus ou moins long terme, cette domination pourtant intériorisée en pratiques de résistance. C’est donc une méthode pour détecter les germes d’utopie dans les situations présentes. »

Les articles abordent, entre autres, les identités sexuelles, les régimes de sexualité et les articulations entre genre, nation, discours coloniaux, religion et couleur.

Des études proposées, je souligne quelques contributions :

l  l’analyse d’Evelyn Nakano Glenn « De la servitude au travail de service : les continuités historique de la division historique de la division raciale du travail reproductif payé »

l  l’article de Jules Falquet analyse « la co-formation des rapports sociaux d e sexe, de classe et de  »race » dans la mondialisation néolibérale »

l  « Antigone , le foulard et la République » de Sarah Bracke

l  la réjouissante présentation de Pascale Molinier de deux romans de Dany Laferrière « Autre chose qu’un désir de peau… »

l  et l’étude d’Eric Fassin « Les frontières de la violence sexuelle » à partir d’un des chefs d’œuvre cinématographique d’Orson Welles La soif du mal.

Comme le dit Elsa Dorlin en fin de son texte d’introduction « L’épistémologie de la domination nous laisse un goût amer…, mais elle nous donne à penser qu’il n’y a pas de pureté des résistances. Elle nous oblige à ne pas appréhender comme des entités closes et anhistoriques – des unités discrètes – des modes de subjectivation politique qui s’inventent et s’expérimentent, depuis des conditions matérielles d’existence bouleversées et des sémiologies dominantes imposées. Elle nous force à adopter des points de vue inédits, à affuter des concepts dignes de comprendre de nouvelles mythologies. La fragilité, l’ambiguïté, saisissable à une échelle quasi-gestuelle, des contre-pratiques, de vies dissidentes, des collectifs et des coalitions du temps présent n’enlèvent rien à la puissance des conflictualités qu’elles ouvrent, déplacent et renversent ; et quelle que soit l’effectivité de ces antagonismes, si rien n’est jamais promis à l’histoire, en revanche, tout porte la trace de l’historicité. »

Un livre précieux pour ses multiples analyses et sa volonté de synthèse, sans schématisme, des apports théoriques des différents courants du féminisme à travers le monde.

 Sous la direction d’Elsa DORLIN : Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination

Actuel Marx, Confrontation, PUF, Paris 2009, 313 pages, 28 euros

Didier Epsztajn

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