Contre la « défense de l’Occident »

« Examiner le discours de l’intellectuel dit « communautaire », c’est donc prendre connaissance de ce que la pensée la plus réactionnaire aujourd’hui autorise, parfois recommande, plus souvent exige, en terme de « défense du sionisme » ou de « lutte contre l’antisémitisme ». Et s’en moquer. »

Dans la première partie de l’ouvrage, l’auteur décrypte les discours de Raphaël Draï, Shmuel Trigano, Alexandre Adler, Alain Finkielraut et André Kaspi. Et, derrière les phraséologies sur la lutte contre l’antisémitisme et en défense du sionisme, Ivan Segré dévoile la réalité d’un  »communautarisme » réellement existant, met à jour les glissements progressifs des énoncés et fait ressortir, les positions profondément réactionnaires de certains idéologues français. Comment ne pas souligner les explications nauséabondes, de ces tristes penseurs, liant l’antisémitisme à « l’abandon du concept d’identité nationale au profit de celui de citoyenneté. »

Dans une seconde partie, l’auteur analyse en détail la « sociologie » ethno-culturelle d’Emmanuel Brenner. Ivan Segré montre la faiblesse des faits d’observation, les raccourcis méthodologiques et de pensée pour inventer la thèse de l’antisémitisme maghrébin. « Reste que les conclusions que tire E. Brenner ne se présentent donc nullement comme les résultats d’une construction sociologique, marquant le passage d’une approche pré-notionnelle à la construction méthodique d’un fait social. »

L’auteur insiste particulièrement sur ce qu’est et n’est pas l’enseignement laïc. Des rappels salutaires sur les possibles sens de signes et de parades ou les passions de l’ignorance. Il souligne de plus que « les faits observés, à savoir l’« antisémitisme » le « racisme » et le « sexisme » impliquent l’ensemble des acteurs du système scolaire, places et origines confondues, chacun selon ses modes, ses idoles et ses rites. »

Ce travail de relecture incisive sera poursuivit dans les remarquables parties consacrées au « bouleversement de la science » par Pierre André Taguieff et à certains écrits d’Orianna Fallaci et sa confusion, lourde de sens, entre camps de concentration et camps d’extermination.

Ces lectures précises et détaillées, permettent une mise en sens de certains mots, un démontage des dispositifs interprétatifs, les absences de méthode d’approche des faits sociaux. Un tel travail participe donc de la mise à nu des nouvelles constructions fantasmatiques de l’ordre de l’Empire.

Comme « Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ? » (Editions Lignes, Paris 2009, le-scandale-derriere-les-mots/), un magnifique ouvrage contre le non-esprit du temps et les présentations frauduleuses des réalités. Aux bavardages « ‘ethno-centré » » des faux experts, comme l’auteur je préfère citer Daniel Bensaid « Qui conjugue le fragment singulier avec la forme du tout. C’est peut-être ça l’internationalisme. »

Un travail qui mériterait d’être repris et étendu à l’ensemble des assignations identitaires.

Ivan Segré : La réaction philosémite

Editions Lignes, Paris 2009, 253 pages, 20 euros

Didier Epsztajn

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