Vérités, masques et mensonges

« L’ouverture du passé veut aussi dire que les soi-disant  »jugements de l’histoire » n’ont rien de définitif ni d’immuable. L’avenir peut rouvrir des dossiers historiques  »fermés »,  »réhabiliter » les victimes calomniées, réactualiser les espérances des aspirations vaincues, redécouvrir des combats oubliés, ou jugés  »utopiques »,  »anachroniques » et  »à contre courant du progrès’‘. Dans ce cas de figure, l’ouverture du passé et celle de l’avenir sont étroitement associés. »

L’ouverture des archives, même si elle n’est que partielle, permet de revisiter d’anciennes analyses ou de les compléter. Elle permet de questionner l’usage des dossiers des polices politiques. Sur ce sujet, je souligne l’article de Sonia Combe « Usage savant et usage politique du passé », illustré, entre autres, d’appréciations autour du film « La vie des autres » et l’entretien de Thomas Lindenberger « Des dossiers de police à l’histoire sociale de l’Allemagne ».

Parmi les multiples sujets, outre les réflexions sur la nature et l’utilisation possible des archives et les relations État-Parti, j’ai particulièrement été intéressé par les articles autour des pénuries de nourriture « Une histoire sociopolitique de la viande » de Dariusz Jarosz et « Viande et questionnaires » d’Andrea Petö; et le court article de Serguei Krasilnikov « Les groupes marginaux dans la société stalinienne ».

Je me souviens des livraisons de charbon à l’Espagne franquiste, lors de la grève des mineurs, par les pays du communisme réellement existant (le choix de l’aide à une dictature contre les ouvriers). Le livre rappelle une ignominie de plus « En octobre 1958, la Pologne proposa à la France de ne pas reconnaître le gouvernement insurrectionnel de Ferhat Abbas constitué par le FLN si la France reconnaissait officiellement sa frontière occidentale.»

Les articles de la partie « La Shoah à l’est » reviennent sur l’universalisation des victimes (polonais, russes, etc) masquant leur destruction en tant que juifs, la résistance, tant déniée, des juifs en URSS, les massacres des Einzatsgruppen en Ukraine, les participations des populations aux massacres et le rôle minimisé, lorsqu’il n’est pas nié, de la Wehrmacht. La construction d’une mythologie antifasciste a gommé bien des réalités et des responsabilités.

Cet ouvrage pose aussi le « problème de l’histoire comme discipline autonome » et nous incite à approfondir les recherches sur le fonctionnement et l’histoire de ces pays. Le mur et bien des masques sont tombés, reste encore et toujours à décortiquer et expliciter les constructions sociales.

Pour élargir ou compléter les propos : Arlette Farge « Le goût de l’archive » (1989, réédition Points Histoire, Seuil), Sonia Combe « Archives interdites, les peurs françaises face à l’histoire contemporaine » (Albin Michel, 1994), Sonia Combe « Une société sous surveillance, les intellectuels et la Stasi » (Albin Michel, 1999), « Le livre noir , textes et témoignages » réunis par Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman (Editions Solin et Actes Sud 1995)

Sous la direction de Sonia Combe : Archives et histoire dans les sociétés post-communistes

BDIC et Musée d’histoire contemporaine

La Découverte, Paris 2009, 332 pages, 27 euros

Didier Epsztajn

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