Réflexion sur l’état, le droit, la loi et leurs articulations

 

Contre le réductionnisme des réalités présentes et futures, Didier Hanne souligne que « les contradictions et violences interindividuelles actuelles ne découlent pas de la misère du monde, l’élimination des inégalités sociales ne crée pas ipso facto un monde homogène, non conflictuel, où les tensions interindividuelles (et leur dérapages possibles en violences, en micro-oppressions, en brutalités volontaires) auraient disparu, sauf résultat de maladies mentales. » (page 35). Les questions politiques, sociales et juridiques sont enchevêtrées dans le monde contemporain d’où une critique argumentée contre l’antijuridisme de gauche articulée autour de quelques questions « De quel droit parle-t-on ? », « En quel sens peut-on dire du droit qu’il est un conservateur ? » et « Que faire avec le droit ? ».

Antoine Artous nous rappelle que Marx a produit une critique du droit moderne, comme forme de socialisation des individus, structurée par la généralisation des rapports marchands, mais qui « sous-estime la rupture introduite par l’énoncé du droit égal dans l’histoire des sociétés humaines ». En effet, la révolution capitaliste désenclave les rapports de propriété des espaces communautaires et rend « le prolétaire juridiquement individu libre et égal aux autres individus » (contrairement à l’esclave ou au serf). L’auteur n’oublie cependant pas la nature particulière du contrat entre le propriétaire des moyens de production et celle/celui qui est libre de vendre sa force de travail. Le droit est « congruent à des formes de socialisation des individus générées par ces rapports sociaux, même s’il est porteur d’éléments de contradiction ». « C’est un rapport social qui a sa propre épaisseur, sa propre matérialité »

Les luttes pour l’extension des droits au sein du système capitaliste ne sont pas seulement un moyen de lutter contre l’exploitation, elles tracent en pointillé des contours d’une autre société. Comment comprendre que ce que l’on défend contre l’état bourgeois (libertés démocratiques, égalité ou droits nouveaux) ne participeraient plus aux principes d’organisation d’une société émancipatrice.

Ce cahier, à partir d’une certaine tradition théorique, est porteur d’élaborations ouvertes et indispensables pour agir sur le monde. Il faut néanmoins regretter l’absence d’un article développant les positions « traditionnelles » d’extinction du Droit et d’une réflexion plus poussée sur la construction d’un droit international (travaux de Monique Chemillier-Gendreau et du CADTM sur la dette odieuse, etc.).

Cahiers de critique communiste : Droit et émancipation

Editions Syllepse, Paris 2005, 100 pages, 7 euros

Didier Epsztajn

 

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