Une société qui veut maintenir des millions d’hommes en prison doit évoluer en durcissant progressivement les moyens d’oppression

Ce livre prolonge un précédent ouvrage « Détruire la Palestine, ou comment terminer la guerre de 1948 » paru en 2002 chez le même éditeur. Il retrace l’histoire de l’occupation, depuis « la feuille de route » jusqu’aux élections gagnées par le Hamas début 2006.

A partir d’un questionnement « Comment est-il possible que Sharon, le dirigeant le plus brutal, le plus raciste, le plus manipulateur qu’Israël est jamais connu, ait terminé sa carrière en héros de la paix ? », le livre montre que sous des apparences de changement, le désengagement de Gaza, l’état d’Israël poursuit une même politique.

« Derrière la plan de désengagement, l’important était de gagner le temps nécessaire pour faire avancer la construction du mur en Cisjordanie, ce qui permettait l’annexion des grands blocs centraux de colonies. » Il n’est, de plus, pas négligeable que ce plan de désengagement a été pensé et construit, sans aucune concertation avec les palestiniens. Contrairement au sentiment des Israéliens, les dirigeants politiques à Gaza et en Cisjordanie pensent « que le retrait ne fait qu’aggraver le conflit ». L’auteure nous montre que désengagement ne veut pas dire simplement retrait (destructions, surveillance accrue aux frontières, filtrage des transferts économiques, etc.) et arrêt des interventions militaires.

Les logiques propres de l’occupation permanente aggravent les traits de la société israélienne et renforce la place toujours plus importante du pouvoir militaire « Une société qui veut maintenir des millions d’hommes en prison doit évoluer en durcissant progressivement les moyens d’oppression ».

La construction d’un mur en Cisjordanie ne vise pas qu’à isoler les populations grâce à une barrière réelle et mythique censée assurer la sécurité des israéliens. Cette ligne de séparation crée des enclaves isolées, sans continuité territoriale et rend impossible un état indépendant. Le tracé du mur ne conduit pas simplement à exproprier des terres palestiniennes, il a aussi à voir avec la captation de l’eau de la nappe phréatique dont l’alimentation se situe en Cisjordanie mais qui s’étend jusqu’au centre d’Israël.

Le jugement de l’auteure est sans appel : « L’état d’Israël est devenu une force motrice dans la destruction des barrières établies par l’espèce humaine pour sa préservation. »

Ne faut-il pas mettre comme T. Reinhart l’analyse de la situation actuelle de la bande de Gaza en rapport avec ce que prévoyait le philosophe israélien Yeshayahu Leibovitz en 1972, dans le journal Ha’aretz, à propos des zones occupées « des camps de concentration seraient construits par les maîtres israéliens… Israël deviendrait un État qui ne mériterait pas d’exister, qui ne vaudrait pas la peine d’être préservé »

Et pourtant l’espoir. Des mobilisations regroupant des israélien-ne-s et des palestinien-ne-s pour aider ceux-ci à lutter contre les spoliations de terre et contre les destructions liées à la construction du mur existent. Quelques victoires, certes limitées, comme le déplacement du tracé du mur ont été obtenues.

Faire connaître ces réalités, renforcer la campagne internationale contre la construction du mur de la honte est plus que jamais nécessaire. Doit-on rappeler que des entreprises françaises participent à cette construction, relativisant de fait, les déclarations gouvernementales de désapprobation.

Tanya Reinhart : L’héritage de Sharon – Détruire la Palestine, suite

La Fabrique éditions, Paris 2006, 239 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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