Choix démocratiques contre fausse évidences du néolibéralisme

Le livre collectif procède à la l’analyse critique et minutieuse du rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR). Il démonte une par une toutes les fausse affirmations, les impasses, les travestissements de la réalité et les réels choix politiques proposés.

L’introduction présente le cadre de la réflexion, la conviction de ne pouvoir sortir de l’engrenage de la dégradation sociale « sans opposer un refus catégorique à l’obligation qui est faite aux salariés, aux chômeurs, aux précaires et aux retraités de payer pour que les riches recréent les conditions d’une nouvelle crise ». A l’approfondissement des inégalités il faut opposer une alternative sociale, construire un systèmes de retraite toujours plus solidaire « Un système de retraites indique en effet dans quel sens veut s’orienter la société ».

 Les auteur-e-s exposent, décryptent et détruisent dix contrevérités :

l        « L’âge de départ à la retraite est de 61,5 ans, reculer l’âge légal de départ à la retraite ne changerait donc rien ». Hors l’âge moyen de cessation d’activité est aujourd’hui de 58,8 ans et 6 salarié-e-s sur 10 sont hors emploi au moment de liquider leur retraite.

l        « L’augmentation de vie augmente, c’est normal de travailler plus longtemps ». L’augmentation de l’espérance de vie depuis près de deux siècles, c’est accompagnée de la baisse du temps de travail, pourquoi ce mouvement devrait-il s’interrompre, alors que la richesse produite est toujours plus importante, sans oublier la confusion entre espérance de vie et espérance de vie en bonne santé.

l        « Les jeunes ne pourront pas financer les pensions des futurs retraités, il faut donc qu’ils travaillent plus longtemps ». La répartition induit que la génération qui travaille prend à sa charge la génération en formation et celle en retraite Ce n’est pas la richesse d’aujourd’hui qui permet de financer les retraites de demain, c’est bien la richesse future qui assurera les pensions de demain, et cela quelque soit le mode de financement (répartition ou capitalisation).

l        « Le système par répartition ne sera plus capable de garantir des pensions décentes aux jeunes générations, celles-ci doivent d’ores et déjà se prémunir en se constituant un supplément de retraite par une épargne privée ». Si les jeunes peuvent assurer des versements dans une épargne privée, qu’est ce qui empêcherait que cela soit sous la forme d’une augmentation des cotisations ?

l        « Les fonctionnaires sont des privilégiés » Hors le montant des pensions versées sont similaires à celles du secteur privé, sans oublier les tentatives de division autour du thème ressassé des privilèges qui exclut toujours les vrais privilégiés.

l        « Il y aura trop de retraités et pas assez d’actifs » Si contrairement aux hypothèses retenus de baisse du nombre de femmes au travail, on table sur des politiques visant à l’égalité, on retrouverait le même ration retraité-e-s/actifs-actives qu’en 1970, sans oublier que les projections démographiques sont plus qu’aléatoires et se sont révélées fausses dans le proche passé.

l        « On ne pourra pas financer les retraites ». Le COR chiffre la hausse des besoins à 1,7 point à 3 points du PIB. Il suffit donc d’accroitre légèrement les prélèvements sur la richesse produite, ce d’autant qu’entre 1982 et 2007, les dividendes sont passés de 3,2% à 8,5% du PIB et que la part de la masse salariale a chutée de plus de 8 points en trente ans.

l        « Les retraites nuisent à la compétitivité » hors le COR, lui-même fait une hypothèse très défavorable d’une hausse de la productivité de 1,5% par an.

l        « Pour financer les retraites, il faut une croissance productiviste » mais partager les gains de productivité ne signifie pas miser une sur n’importe quelle croissance débridée mais plutôt la satisfaction des besoins sociaux et la diminution du temps de travail.

l        « Les dispositifs familiaux sont contraires à l’égalité entre hommes et femmes », sans les défendre, il faut souligner qu’il est légitime de compenser des inégalités sociales ou de sexe et que le principe d’égalité ne peut se satisfaire de l’augmentation programmée des inégalités.

La première partie de l’ouvrage « Les retraites victimes du néolibéralisme » présente des analyses sur « L’impact de la crises sur les systèmes de retraites », « Bilan des réformes passées : la régression des retraites obligatoires » et « L’ampleur des inégalités ».

La seconde partie décrypte « Ce qu’ils veulent faire » et en particulier les projets d’individualisation des retraites. Ces deux parties sont illustrées de petits graphes très parlant, d’analyses des systèmes étrangers et de démonstrations mathématiques utiles.

Mais en rester à ces démonstrations ne suffit pas. Il faut aussi dire ce que l’on veut. Aux fausses contraintes  »naturelles » opposer un ou des choix démocratiques et politiques plausibles, c’est l’objet de la troisième partie « Des propositions ».

Premièrement les auteur-e-s soulèvent le tabou, le débat interdit : la hausse des cotisations patronales, en soulignant que le financement des retraites est toujours un problème de répartition des richesses. Puis, elle et ils détaillent leurs propositions autour de quelques axes, qui ne réduisent, heureusement pas, aux retraites : réduction du temps de travail, salaire socialisé, fiscalité, profits.

Les argumentations sont richement illustrée, ne confondent pas les données en valeur et leur réalités en pourcentage de la richesse, en ne nous faisant pas prendre des vessies pour des lanternes, ou des rapports pour des choses immuables.

Il sera nécessaire de débattre publiquement de tous ces points. Nul-le ne doit prendre pour argent comptant ces analyses, c’est le débat, préparé par entre autres par ces travaux, qui peut permettre des choix démocratiques en toute connaissance de cause et non des obligatoires régressions au nom du marché, de la compétitivité, de la démographie et autres contes et légendes de l’idéologie néolibérale.

La prise en compte des inégalité entre femmes et hommes, permet aux auteur-e-s d’aller au de là des simples revendications d’égalité abstraite et de la nécessaire critique de la notion d’équité, et leur permet d’avancer des solutions concernant tou-te-s les salarié-e-s.

Contre les logiques productivistes, elle et ils développent des propositions compatibles avec un développement soutenable (même si le terme ne me semble pas le plus adéquat).

 Je reste cependant étonné de l’absence de proposition sur la fusion de l’Arrco et de l’Agirc dans le régime général et sur une gestion, par les cotisant-e-s et les retraité-e-s, c’est à dire pour une gestion non paritaire, des cotisations sociales, éléments du salaire.

Une lecture à compléter du récent livre de Bernard Friot (L’enjeu des retraites, Editions La Dispute, Paris 2010, 173 pages, 12 euros)

ATTAC, Fondation Copernic : Retraites l’heure de vérité

Coordonné par Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Christiane Marty

Editions Syllepse, Paris 2010, 172 pages, 7 euros

Didier Epsztajn

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