Pouvoir être

Il convient de lire attentivement le livre de Nicole-Edith Thévenin, au delà des approches divergentes que chacun-e pourra avoir avec les théories de Freud ou l’analyse de l’idéologie.

Le cœur de cet ouvrage est l’impact de la première guerre mondiale sur les théorisations de Freud, et en particulier sur la pulsion de mort.

« Freud dépasse l’analyse de la stabilité des groupes humains, des règles de filiation, d’alliance et reproduction de structure, pour entreprendre d’approcher ce qui dissout et subvertit tout lien social, ce qui oblige toute organisation humaine à se confronter à un irreprésentable, sur lequel se construisent les formes de l’illusion et en même temps qui va venir à chaque fois les remettre en question, les désintégrer au profit d’un renouvellement de l’histoire et de l’investissement de la libido. »

En désillusionnant la violence étatique, la question du pouvoir peut-être posée autrement, de même que les modalités des processus d’assujettissement des individus-e-s.

L’auteure souligne que « l’individu ne fait pas que subir, mais il contribue activement à reproduire ce qui l’asservit, courant après une reconnaissance qui le légitime dans son existence. »

Elle nous rappelle aussi que « Se libérer de cette emprise et de cette appropriation demande, non seulement une créativité qui ouvre l’espace à une désidentification, mais la constitution d’une puissance qui par les luttes menées au sein des rapports de force, active les contradictions et subvertisse aussi bien les conditions sociales et le processus économique que les structures symbolique et imaginaires qui les soutiennent. »

Agir en politique c’est s’opposer à « Appartenir une fois pour toutes pour ne plus avoir à se poser de questions, ne plus avoir à se confronter à la mort » c’est aussi « recomposer le narcissisme individuel éclaté et dilué », « pouvoir penser par soi-même » ou « prendre le temps quel que soit le temps qui presse. »

La richesse de cet ouvrage ne découle pas seulement des problématiques rapidement présentées ici. Il insiste sur les dimensions subversives de la psychanalyse. Contre l’ordre du temps mais avec le réel incompressible, une invitation à inventer et non se soumettre.

« L’issue est improbable désormais, il nous revient de le savoir. Seul ce savoir de la chose peut encore peser sur l’inéluctable. »

Nicole-Edith Thévenin : Le prince te l’hypocrite. Ethique, politique et pulsion de mort

Editions Syllepse, Paris 2008, 229 pages, 20 euros

 Didier Epsztajn

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