Modernité de l’inquisition

Dans son introduction, l’auteur présente l’inquisition comme une organisation  »moderne » bureaucratique. Il détaille les modalités d’exercice de sa terreur et insiste sur les nouveaux statuts de « pureté de sang » qui marquent un glissement d’une explication d’ordre théologique à des représentations que l’on pourrait qualifier de physiologiques (sang infect).

«De fait, si la condition marrane et les multiples transformations (économiques, politiques, intellectuelles) induites par le marranisme contribuèrent éminemment à la formation de l’Occident moderne, il en fut de même des moyens précisément instaurés pour réprimer l’hérésie judaïsante : la persécution inquisitoriale et les statuts de pureté de sang représentent la face obscure et tragique, mais non moins novatrice, de notre modernité. »

L’auteur met en garde sur une analogie abusive. La conception de la « pureté de sang » ibérique ne peut être reliée à l’antisémitisme racial des nazis.

Les études de cas présentées dans ce livre se situent pour la plupart dans le premier tiers du XVIIIe siècle au Brésil. Elles permettent à Nathan Wachtel de recomposer le puzzle du travail des inquisiteurs : « travail d’investigation et de recoupement des informations, de façon à esquisser une typologie de leurs méthodes d’enquête et de jugement. »

Parallèlement sont traitées les stratégies de défenses, de dénonciations, d’aveux, de dénégations des conversos. L’auteur revient aussi sur leurs conditions carcérales.

Le travail des inquisiteurs se révèle très routinier mais leur outillage est d’une redoutable efficacité. Leurs sentences ne peuvent être considérées comme arbitraires. Les inquisiteurs ne sont pas des monstres, pour utiliser un vocabulaire actuel « ce sont des fonctionnaires qui, le plus souvent, font consciencieusement leur métier, ils croient en leur mission, ils  sont persuadés d’œuvrer pour le bien public, pour la pureté de la foi chrétienne. » Sans anachronisme, il est possible de suivre l’auteur lorsqu’il parle « de méthodes pionnières dans leur rationalité policière ».

Il faut compléter le tableau, en insistant sur « la nature mixte de l’institution inquisitoriale, à la fois ecclésiastique et étatique, en même temps que moyen essentiel de l’instauration du régime de la monarchie absolue dans la péninsule ibérique. » L’inquisition est un « appareil étatique de contrôle social et de répression »

S’explique alors le titre du dernier chapitre « De la banalité du mal » en référence à Hannah Arendt dans sa compréhension du totalitarisme comme « non pas un enchainement de causalité historique, mais configuration de type structural ».

« Face à la modernité, toujours actuelle, de la logique inquisitoriale des bûchers », ce livre nous interpelle aussi sur les marranes.

Un complément au très beau « La foi du souvenir, Labyrinthes marranes » paru aux éditions du Seuil en 2001.

 Nathan Wachtel : La logique des bûchers

Éditions du Seuil, Paris 2009, 325 pages, 21 euros

 Didier Epsztajn

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