Schuleïm, fils d’Isaac, fils de Moïse Schwarzbard

Engagé volontaire dans l’armée française lors de la première guerre mondiale, garde rouge dans l’Ukraine révolutionnaire des années 20 et assassin de Simon Petlioura, responsable de pogroms de communautés juives en Ukraine, ainsi pourrait être  »résumé » la vie d’un homme débout, juif issu du Yiddishland, révolutionnaire social, libertaire et farouche partisan de l’autodéfense juive contre l’antisémitisme.

Si son récit de la première guerre mondiale, de la boucherie des tranchées, n’est pas toujours exempte d’un ralliement partiel au sentiment « antiboche », son positionnement reste le plus souvent internationaliste. Samuel Schwarzbard rend palpable les multiples facettes de la barbarie humaine dans la guerre et dans les tranchées bombardées non seulement par l’armée  »ennemie » mais par les généraux français pour  »encourager » leurs troupes.

« Mes forces me revenaient peu à peu. J’avais fais l’expérience de cette guerre, pacifié mes luttes intérieures et les disputes que je mène avec moi-même. J’avais conclu la paix avec les ennemis, sans les puissants diplomates mondiaux, sans même l’avoir demandé aux parlements. Je l’avais fait sous ma propre responsabilité.

Il restait deux points sur lesquels nous ne nous étions pas mis d’accord. Le premier faisait de la révolution dans tous les paix belligérants une nécessité ; le second exigeait l’érection de tribunaux populaires contre tous les instigateurs et fauteurs de cette affreuse boucherie. »

Dans la seconde partie du livre, l’auteur décrit l’engagement révolutionnaire, les  »trahisons » les faux révolutionnaires mais vrais bureaucrates. Sa critique du bolchévisme réellement existant est celle d’un combattant. Un souci permanent l’anime dans cette révolution, pour changer le monde, l’autodéfense et la mobilisation des masses juives du Shtetl. Entre révolution, bureaucratisation, bêtise et antisémitisme, l’auteur nous raconte un pan entier de cette Ukraine peu connue et disparue sous les contes et légendes du stalinisme (mais seulement de lui).

Aux descriptions concrètes, il manque cependant un cadre d’appréciation théorique, que l’auteur semble avoir négligé.

La dernière partie de l’ouvrage, est composée de documents autour de l’affaire Petlioura, du procès de l’auteur et de son acquittement.

« J’ai ouvert un nouveau chapitre dans notre sombre et sanglante histoire millénaire. Assez d’esclavage, assez versé de larmes, cessez d’implorer, de crier, de subordonner. La tête levée, la poitrine en avant, nous exigeons désormais notre droit : celui de vivre à l ‘égal de tous ! Nous le réclamons de l’humanité qui sombre dans les péchés et dans les crimes de la civilisation gangrénée du 20e siècle, qui va vers la disparition à pas gigantesques. »

Un témoignage, le souffle de la révolte et la volonté de construire une société nouvelle

Le livre est complété de la traduction de quelques poèmes de l’auteur.

En complément de cette édition dans la collection Yiddishland « Un continent disparu aux frontières mouvantes, une culture ensevelie sous la cendre et autant de combats pour l’émancipation du genre humain occultés par les tenants de l’histoire victimaire. Cette collection entend faire résonner les voix multiples du Yiddishland et partager sa mémoire vive » quelques autres ouvrages à découvrir

l        Anthologie de la poésie Yiddish, le miroir d’un peuple, édition de Charles Dobzynski, réédition en 2000 dans la collection Poésie Gallimard

l        Alain Brossat et Sylvia Klingberg : Le Yiddishland révolutionnaire (réédition chez  Syllepse, Paris 2009)

l        Rachel Ertel : Le Shtetl, la bourgade juive de Pologne ( Payot 1986)

l        Claudie Weill : Les cosmopolites, socialisme et judéité en Russie (1797 – 1917) (Syllepse 2004)

l        Moshé Zalcman : Histoire véridique de Moshé, ouvrier juif et communiste au temps de Staline (Encres 1977)

l        et l’ouvrage de Nathan Weinstock : Le pain de la misère, histoire du mouvement ouvrier juif en Europe (1984, réédité à La découverte)

 

 

Samuel Schwarzbard : Mémoires d’un anarchiste juif

Editions Syllepse, Paris 2010, 297 pages, 22 euros

 Didier Epsztajn

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