Du coté des revues n°11 – Féminisme

La revue vient de changer d’éditeur. Margaret Maruani, pour les dix ans de publication, nous rappelle l’équilibre des trois mots du titre :

l        « Le travail, qui est notre principale grille d’analyse, les lunettes à partir desquelles nous regardons la différence des sexes. En ce sens, le travail n’est pas un domaine spécialisé de recherche, mais un fil rouge pour lire le statut des femmes et des hommes dans la société.

l        Le genre, qui est toujours présent, quelle que soit son appellation : différence des sexes, masculin/féminin, rapports sociaux de sexe… A chacun-e de choisir dans ce fond commun le concept qui lui convient. En la matière, nous n’avons pas de religion.

l        Les questions de sociétés qui nous semblent cruciales au regard du genre, mêmes si elles ne sont pas directement ou immédiatement liées à celles du travail : la prostitution, l’avortement, la parité en politique et bien d’autres sujets trouveront toujours place dans Travail, genre et sociétés. »

Le numéro s’ouvre par les propos d’une caissière, Nathalie M. « Le refus d’encaisser », Marlène Benquet soulignant le triple mouvement de féminisation, de tertiarisation et de précarisation du salariat.

Un riche dossier « Égalité et diversité» est introduit par Jacqueline Laufer et Rachel Silvera « … l’égalité est transversale à l’ensemble des discriminations et, considérer le genre comme une dimension de la diversité et/ou de la discrimination – au même titre que l’origine, la religion, l’orientation sexuelle, l’âge… – est problématique. On pourrait y voir le risque de dilution de la question de l’égalité entre hommes et femmes dans la diversité. »

Ce dossier est composé d’un ensemble d’analyse renouvelant partiellement le débat :  Jacqueline Laufer « L’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes est-elle soluble dans la diversité ? », Monique Meron « Statistiques ethniques : tabous et boutades », Christophe Falcoz et Audrey Bécuwe « La gestion des minorités discréditables : le cas de l’orientation sexuelle » et Marie-Thérèse Lanquetin « Égalité, diversité et … discriminations multiples ».

Je signale aussi le texte sur les représentations sexuées dans les lectures de référence à l’école.

Travail, genre et sociétés

Numéro 21/2009, La découverte, Paris 2009, 266 pages, 25 euros

Le corps aux prises avec l’avancée en mixité

« Désormais, les frontières du masculin et du féminin présentent des contours plus flous, mais ce déplacement ne conduit pas à une remise en cause radicale de l’ordre du genre et du rapport social marqué par le double processus de différenciation / hiérarchisation qui le caractérise. »

A travers l’analyse de certaines professions, les auteur-e-s interrogent, tout à la fois, le travail des corps et la division sexuée des pratiques. Les articles explorent, entre autres, la situation des sportives (boxeuses, footballeuses), des policières « le monopole du commandement est plus facile à lever que celui de l’usage de la violence », le cirque, où « la mise en scène du corps accentue les stéréotypes corporels du masculin et du féminin », les cadres commerciaux ou les ingénieures au Brésil.

Je souligne l’article d’Elisa Herman qui dans son analyse des centres de loisirs traite de la « panique morale » des hommes face à la pédophilie et de ses conséquences en terme de légitimation accrue de l’idéologie de la complémentarité au détriment de l’égalité.

Ces différentes études permettent de mieux comprendre les modalités de la domination des hommes sur les femmes et d’analyser leurs déplacements, les réaménagements liées à la montée de la mixité et leurs incidences sur les carrières professionnelles des femmes.

« La mixité ne se traduit pas seulement par une coprésence des femmes et des hommes dans la situation de travail, elle entraîne ou accompagne des transformations, parfois très profondes, des métiers, et n’est pas sans incidences sur les trajectoires professionnelles »

Cahiers du genre : Inversion du genre. Corps et travail des corps

N° 42, Paris 2007, L’Harmattan, 264 pages, 23€

NQF

Le dossier, titre de ce numéro s’ouvre par un édito « Imaginaires collectifs et reconfiguration du féminisme ». Les auteures y traitent d’un triple entrelacement entre : nouvelle configuration des industries culturelles « Cette infiltration du social par le culturel et l’effacement de la distinction ancienne entre culture d’élite et culture de masse créent une situation de contamination mutuelle et intime entre les produits culturels et la société qui n’a pas de précédent historique. », notion de post-féminisme et déplacement entre féminité naturalisée et performance de l’hyperféminité pour interroger « quelle-s politique-s féministe-s ? ».

Suit une ensemble de textes illustrant le propos, offrant plusieurs belles surprises tant par leur objet que par leur traitement. Je souligne quelques articles « L’ère des top girls : les jeunes femmes et le nouveau contrat sexuel » d’Angela McRobbie, « Quentin Tarantino et le (post)féminisme. Politique du genre dans Boulevard de la mort » de Maxime Cervulle, et « Quand les internautes rencontrent Buffy : la fan fiction sur l’amour entre femmes » de Malin Isaksson.

Autres textes méritant le détour : « Sport homosexuel et mouvement social : la mise en scène du corps gay et lesbien » et le long entretien avec Carole Roussopoulos, réalisatrice et féministe.

Malgré l’abus, parfois, du vocabulaire sociologique, cette revue féministe comme un certain nombre de ses consœurs, offre des pistes de réflexion que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Nouvelles questions féministes : Figures du féminin dans les industries culturelle contemporaines

Vol 28 N°1/2009, Antipodes, Lausanne, 152 pages, 19

Didier Epsztajn

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