Le sémitisme, pure invention du XIXème siècle racialiste

Je ne partage ni tous les points de vue de l’auteur ni ne souscrits à son utilisation peu critique des noms (juifs, hébreux, palestinien, etc). Cependant je trouve très intéressante, les manières d’analyser certains phénomènes.

Dans une première partie « La persistance de la question palestinienne », outre des rappels forts pertinents sur le sionisme d’hier et d’aujourd’hui (colonialisme de peuplement, mépris longtemps affiché pour la diaspora et la destruction des juifs d’Europe, destructions des villages palestiniens, etc), l’auteur analyse l’« organisation de fouilles archéologiques destinées à étayer l’avenir des Juifs par le passé des Hébreux », les « quête contemporaine de  »marqueurs génétiques » juifs »

Sur la volonté des israéliens de s’approprier l’histoire des populations comme histoire d’ancêtres hébreux des juifs d’Europe, je renvoie aussi au très beau livre de Schlomo Sand : La création du peuple juif (Réédition chez Champs Flammarion   Un nous inventé ). Cette réécriture historique comme l’éradication des noms palestiniens du territoire sont décrits comme une véritable « opération palimpsestique » planifiée dès le début de la colonisation. (Sur ce sujet : Ilan Pappe : Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, Paris 2008  Abîme entre réalité et représentation )

Joseph A. Massad s’attache à comprendre la place de l’« opposition binaire entre soi et l’autre » et conclut sur l’antisémitisme « La persistance de l’antisémitisme comme épistémologie directrice du sionisme rend donc compte, pour une grande part, de la persistance de la question palestinienne ».

A la suite d’E. Said, il critique l’orientalisme des visions européennes et souligne les nécessaires luttes contre l’antisémitisme « qui afflige une grande partie de l’Europe et de l’Amérique et mobilise la propre haine du sionisme, à la fois à l’égard des Juifs juifs et des Palestiniens ». Il insiste à juste titre, me semble-t-il, sur « Ce que les Palestiniens appellent de leurs vœux, c’est l’asiatisation des juifs européens d’Israël, avec le résultat qu’ils en viennent à se considérer non seulement comme étant au Moyen-Orient, mais comme étant du Moyen-Orient »

La seconde partie du livre « Oublier le sémitisme » est une brillante analyse des dessous de l’antisémitisme « Si la désignation  »Sémite » a été précisément une ruse pour désigner l’autre du Sémite, son supérieur aryen, il devient alors, semble-t-il, impossible de distinguer le sémitisme de l’antisémite »

L’auteur discute aussi des réécritures modernes autour des peuples du livre, la création d’une notion d’histoire « abrahamique » qu’il associe à une véritable œuvre de dépolitisation des réalités.

Joseph A. Massad réfléchit aussi sur les notions d’identité, sur le souvenir et l’oubli « la formation identitaire requiert des porteurs d’identité qu’ils se rappellent ou oublient non seulement certains souvenirs relatifs à soi, mais aussi des souvenirs relatifs à l’autre, dont l’histoire et le présent doivent subir une série d’opération déterminant ce dont il faut se souvenir et ce qu’il convient d’oublier ».

Reste à confronter ce travail à ceux d’autres auteur-e-s, à reprendre les disputes, pour lutter ensemble contre les spectaculaires édifices idéologiques d’altérisation.

Autre lecture de PJ sur le site Acontresens http://www.acontresens.com/livres/63.html

Joseph A. Massad : La persistance de la question palestinienne

Editions La fabrique, Paris 2009, 102 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

Une réponse à “Le sémitisme, pure invention du XIXème siècle racialiste

  1. Boudjemaa Sedira
    Je crois que l’on s’égare à vouloir faire du « sémitisme » un concept. Tout comme l’on s’égare à considérer qu’en écrivant « La Question juive », Karl Marx aurait inutilement traité d’un irrédentisme comme un autre, soluble dans l’assimilation à « La Société sans classes »… Il dresse à grands traits la spécificité d’une oppression à l’époque du déclin des Empires et du réveil des nationalismes sous la houlette de bourgeoisies nationales, dont l’antisémitisme était une facette de leurs politiques. Car l’oeuvre de Marx n’est pas « un saucisson que l’on dégusterait par tranches », mais un corpus inachevé ; et s’il traite de cette question « séculaire », c’est qu’elle demeure à son époque le reliquat « à la marge » de la sécularisation, parce que le problème inhérent à celle-ci est le dogme et la massification capitaliste qui s’annonce jusque dans le zèle de la République-prêtre, en France, qui va enrôler des « petits soldats progressistes et laïques », dont certains resteront « Juifs » dans le regard de l’Autre, c’est-à-dire « suspects » de cosmopolitisme, de sens critique, donc de trahison… Marx évoque très peu la référence à la tradition matriarcale juive, qui est pourtant la cible et l’abcès de fixation de l’antisémitisme comme de la misogynie, en tant que projet politique de soumission des femmes et domestication de leurs utérus au projet « racial » sous-tendu… Mais pas des « femmes juives » en particulier ! Des femmes-ventres qui doivent se taire et rester soumises, devenir psychotiques et folles à lier d’être cantonnées à torcher les gosses et singer « les hommes » : les patriarcats bourgeois, capitaliste et stalinien n’ont « rien inventé d’autre », et même dans les rangs trotskystes on « recadre vite » une « sorcière », on amadoue une « pétroleuse » et on est toujours capable d’anathémiser « un foulard qui fait tache » dans les rangs ! On parle de la conscience (minoritaire) particulière qu’accumulent à la longue plusieurs générations qui subissent une oppression spécifique, faite de transmissions et de repères, d’attitudes et de non-dits (histoire de ne point forclore tout avenir par du discours sur l’oppression qui se survit sous d’autres formes, tant que perdurent les mécanismes de l’exploitation de l’homme par l’homme… et de consentement à la spoliation comme condition de la survie…) sans parfois comprendre qu’il s’agit aussi d’une praxis, là où les Grecs anciens parlaient d’une metis… Et cela se reconnaît, se vérifie, se déduit sans jamais prétendre être démontratif, ni réïfié (transformé, de phénomène du Vivant observé et constaté, en « chose morte » établie « une fois pour toutes », comme « la vue de l’esprit qui dit : « C’est un fait… » ).
    On ne traite de « La Question de la Phobie de l’Altérité » que sous ses aspects caricaturaux, comme une verrue visible qu’il faut extirper d’un système quise veut « Vainqueur avec la Raison des Lumières » sur l’Irrationnel… Et le Rationnel continue à « couper tout ce qui dépasse » de la pensée hégélienne à n’en plus finir des contradictions dialectiques globalisantes. Marx avait souligné ce « renversement » dans la pensée hégelienne devenant dialectique, en fermant la porte à ce « tonneau des Danaïdes », si le raisonnement ne se cheville pas aux mécanismes d’exploitation tels qu’ils sont, du général vers le particulier et inversement, et qui, sinon, « revient inexorablement par la fenêtre » en se perdant en spéculations vers  » les marais des mouvements de l’âme », de ses mystifications, où l’on s’enlise dans le Sémitisme, le Noirisme, l’Indianisme, le Marxisme, le Guevarisme, le Ghandisme, e tutti quanti, tous, bien sûr, traversé par l' »isme » dont les Raisons d’Etat font leur miel : les Corporatismes…

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