Au cœur du conflit, l’Implantation des cabanes et du Mont de la jachère

Ilana architecte, un projet ambitieux et néanmoins très singulier, symbole de paix à Jérusalem ; un portrait de femme entière et partagée par les lieux, les amours et les temporalités.

Son père, un des fondateurs de l’État d’Israël, mort et objet d’un dialogue permanent. « Et de nouveau tout recommence : la trahison, le sentiment d’être acculée sans avoir le choix, au nom d’une sorte de fidélité, que je ne suis pas sûre d’avoir réussi à l’expliquer durant ces mois de conversations, de l’autre coté de ta mort. »

Alain, son mari, historien de la destruction des juifs d’Europe. Leurs deux enfants David et Yonathan.

Said, l’amant palestinien « Comme si je dépliais l’une après l’autre les dizaines de cartes que j’ai dessinées, dans des échelles différentes, tandis que la main de Saïd pianote dans le vent. La chaume, les ronces, les pierres qui roulent sur les talus qui s’ouvrent, plis après plis. »

Le séjour de Ilana et de ses enfants en Israël malgré l’invasion du Koweït par l’Irak et les scuds.

Les présences et les absences, des conversations téléphoniques, des retrouvailles de corps et des espaces lourds d’incertitudes peu partagées.

Un voyage du coté des amours, des choix, des tensions avec le passé et toujours l’espoir « tension entre le temporaire et la mémoire ». L’insoumission au simple, au réducteur, à l’unicité dans les relations interindividuelles, amoureuses que collectives.

La voix de Ilana entre désirs, errances et engagements « L’imagination refuse de se transporter là-bas, de se détacher de l’espace qui maintient encore nos vies ».

En permanence aussi, le risque de se laisser basculer dans l’essentialisme «  »Je suis au stade ou j’ai fait un pas au-delà de la symétrie de la haine, du sacrifice mutuel, ou des sentiments coupables… Je suis au stade où s’ouvre une nouvelle réalité, avec une dimension qui consiste à  »lâcher » prise dans ce lieu gorgé de sang. Je veux montrer que le lieu où s’exerce l’instinct de propriété par excellence possède une existence au-delà de l’emprise des hommes comme il est écrit dans le récit biblique : Et tu laisseras la terre se reposer… ». »Tu vas virer à droite avec toute ta pourriture juive ! »» s’est emporté Yaron. »

Ce beau livre fermé, j’invite à l’écoute du Don Giovanni de Mozart, souvent cité par Ilana.

Suivant l’humeur, la magnifique version de Carlo Maria Guilini (EMI 1961), la noirceur de l’interprétation de Nikolas Harnoncourt ((Teldec1989) ou la profondeur de la dernière version de Georg Solti (Decca 1997) et leurs multiples interprètes.

Michal Govrin : Sur le vif

Traduit de l’hébreu

Editions Sabine Wespieser, Paris 2008, 474 pages, 26 euros

Didier Epsztajn

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