Une histoire refusant la primauté des points de vue nationaliste, ethnique ou religieux

Il ne s’agit pas en quelques lignes de résumer un livre riche de 350 pages mais de souligner que loin des mythes et des simplifications politiques, l’ouvrage de Ilan PAPPE (L’auteur fait partie de ceux que l’on nomme souvent les nouveaux historiens israéliens) présente, non une combinaison des histoires vues par les palestiniens et les israéliens mais une unique histoire, celle d’une seule terre devenue Israël et Palestine.

A l’encontre des historiens qui confondent l’histoire de la terre et celle de leur nationalisme respectif, l’auteur nous parle des changements de la société « subalterne » et non seulement de celles des élites. Ne faisant pas dériver la construction du présent du passé, exposé par d’autres, trop souvent sous un jour romantique, il peut, sans manichéisme évoquer les violences, les destructions, les coercitions, les outils de pouvoirs utilisés par les israéliens sur le palestiniens, par les israéliens sur d’autres israéliens, par des palestinien sur d’autres palestiniens.

Il ne place pas le conflit au centre de son analyse mais l’inscrit dans les réalités des hommes et des femmes de Palestine et d’Israël.

Pour se faire, l’historien assume « une approche subjective, il prends souvent – mais pas toujours – le parti des vaincus contre les vainqueurs».

Il s’agit d’une histoire moderne, l’exposé commence par une étude sur la fin du XIXème siècle, présentant la société palestinienne à la fin de la période ottomane pour se terminer dans les réalités de l’après OSLO.

Le chapitre IV, central tant dans la géographie du livre que dans le sens de l’argumentation, s’intitule : « Entre Nakba et indépendance : La guerre de 1948 » Ilan PAPPE y décrit, sur la bases des archives et des témoignages, entre autres la purification ethnique.

Ces faits, toujours niés par beaucoup d’israéliens, sont d’une importance capitale car aux yeux de l’historien « pour qu’une initiative de paix, quelle qu’elle soit, puisse réussir, il faut refermer le chapitre de l’expropriation. »

Ce travail historique renvoie aussi à la sédimentation rapide d’une nation (Je préfère utiliser le terme nation à celle de peuple, cette notion me semble s’inscrire plus directement dans la temporalité historique israélienne), phénomène pas toujours compris par certains palestiniens, ni par certaines organisations combinant le soutien à la lutte des palestiniens à la négation du fait israélien (ce qui ne vaux, bien sûr, pas approbation des politiques menées).

Ce livre remarquable tant par son érudition que par la méthodologie utilisée est d’une lecture facile. Il prend parti et fait sens sans gommer les aspérités, sans simplification des réalités historiques et politiques.

Ilan PAPPE : Une terre pour deux peuples, Histoire de la Palestine moderne

FAYARD, Paris 2004, 357 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

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