L’amour malgré tout

La romancière, militante au Vietnam, vit aujourd’hui en résidence surveillée à Hanoï.

Miên fut mariée à Bôn communiste, héros et martyr disparu à la guerre. Elle s’est remariée à un riche propriétaire et habile commerçant Hoan, elle l’aime et ils ont un enfant.

Le soldat revient après des années d’absence. Que faire lorsque l’on a deux maris, l’un héros communiste de la guerre, l’autre nanti dans cet Hameau de la Montagne ?

La pression de la communauté, une tradition de devoir, Miên se résout à aller vivre avec son premier mari. A vous de suivre, les vies des personnages, leurs détours dans le passé, leurs angoisses au présent, dont une description somptueuse et terrible de l’errance du soldat portant son sergent mort dans la jungle.

Les principes moraux de cette société, qui n’a de socialiste qu’une odeur évanescente, se traduisent par les violences quotidiennes en partie liées à la pauvreté et à l’oppression. Tous les personnages en sont, à des degrés divers, les victimes : Bôn, incapable de travailler, de gagner les ressources de son foyer, incapable de bander ; Miên qui subit la violence de la tradition et cet homme qu’elle n’aime plus et qui cherche à maitriser, à posséder son corps de femme et lui faire un enfant ; Hoan qui malgré sa vie matériellement riche, ne peut se faire raison de son amour déchiré.

Comment vivre, survivre dans les souvenirs, les aspirations, les rêves et les contraintes ?.

L’auteure manie aussi bien l’humour (les recherches magiques pour bander) que la peinture  sans caricature ni jugement moral des situations et des sentiments. Une écriture dense et colorée pour des évolutions lentes, des découplages de vie, des aménagements bancals et peu satisfaisants et un acte de révolte, un avortement comme porte ouverte à la libération et à l’amour.

Le livre n’est bien sûr pas réductible à la trame présentée. Un grand roman, des phrases et des mots qui feront sens et rêveries pour la lectrice ou le lecteur.

Un portrait de femme, une révolte féministe pour dénouer la violence quotidienne d’un passé et d’un présent qui ne passent pas.

 Duong Thu Huong : Terre des oublis

Sabine Wespieser Editeur, Paris 2006, 794 pages, 29 euros

 Didier Epsztajn

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