Urgent – Communiqué – La Voix des Rroms (26/03/19)

Suite aux « fakes news » racistes parlant de tentatives de kidnapping d’enfants, des agressions ultra-violentes de personnes rroms, roumaines ou perçues comme telles se multiplient depuis hier soir en Ile-de-France. À ce jour, La Voix des Rroms recense des agressions d’hommes, femmes et enfants à Clichy-sous-Bois, Montfermeil, Bondy, Bobigny, Créteil, Nanterre, Montreuil, Bobigny, Saint-Denis, Noisy Le Grand… On compterait de nombreux blessés graves, 2 personnes dans le coma, une personne décédée et des milliers de gens terrorisés. Lire la suite

Femmes algériennes, nous réaffirmons notre détermination à changer le système en place

Nous vivons actuellement un magnifique soulèvement populaire pacifique contre le système politique en place. La présence massive des femmes dans les cortèges témoigne des profondes transformations de notre société et exige une reconnaissance des droits des femmes dans une Algérie égalitaire.

Ce système a régné sans partage depuis l’indépendance en usant de tous les moyens coercitifs et autocratiques afin de mettre en échec toute velléité de changement et de démocratisation du pays. Outre la destruction des institutions de la République (Santé, éducation, justice, culture, etc.), la clochardisation de la vie politique, la corruption, l’autoritarisme et les injustices sociales, ce système a également mis en œuvre une stratégie machiavélique entretenant et renforçant une pensée et des pratiques inégalitaires au sein de la société. Les femmes algériennes en ont payé le prix fort, tant sur le plan symbolique, formel que réel. Lire la suite

Quatre extraits du texte #metoo, l’émancipation par le regard de Deborah De Robertis

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

Prendre le pouvoir par ma caméra

Cette révolte est historique. Les femmes ont pris la parole sur des abus sexuels qui jusque-là étaient dissimulés par le système lui-même, qu’il s’agisse du cinéma, de la musique ou du monde de l’art. Cette volonté d’inversion des rapports de pouvoir m’a intéressée très tôt puisque, en tant qu’artiste, j’ai évolué dans un contexte d’éducation artistique patriarcale.

« Certaines imaginent la subversion dans la domination même, d’autres vont la chercher en dehors de ce processus. Il existe plusieurs possibilités de résistance », explique la philosophe Geneviève Fraisse dans ses réflexions sur l’émancipation.

Moi, c’est en prenant la caméra que j’ai pris le pouvoir. Lire la suite

Histoire et thérapie, récit et mémoire

Avec l’aimable autorisation de la directrice de publication

En 1959, la nuit commence à s’étendre sur le pays. Les auteur-e-s des Cahiers de mémoire ont alors 15 ans, 9 ans, 6 ans … Année après année, les massacres se répètent jusqu’à l’apocalypse du génocide des Tutsi en 1994. Aucun de ces enfants n’était préparé à connaître cette histoire. L’atelier de mémoire a recueilli les récits de ces enfants devenus des adultes, des personnes âgées, des « grandes mamans » comme on les appelle là-bas. Trois groupes de participants se sont réunis successivement entre 2014 et 2018. Les textes du premier groupe sont parus en français1, en 2017. Ceux du deuxième et du troisième groupe sont réunis ici. Au cours de ces trois sessions, l’objectif était identique : écrire l’histoire du génocide et la transmettre aux générations futures. Certains rescapés évoquent parfois des chercheurs venus recueillir leurs témoignages sans qu’eux-mêmes, les sujets de l’histoire, ne sachent à quelles fins leurs récits étaient destinés. À de rares exceptions2, personne ne leur a transmis les livres qui recensaient leurs paroles. Ils se demandent qui, mieux que les survivants, peut parler du nombre de victimes, de la manière dont elles ont été tuées, de la chasse à l’homme qui s’est déroulée sans répit durant cent jours, de la cruauté meurtrière des voisins et, parfois, des membres les plus proches de leur famille ? Qui mieux qu’eux peut parler des humiliations et violences subies par leurs parents durant la colonisation allemande ou belge et de leurs effets directs sur la mise en œuvre du génocide, précédé par des « répétitions » successives qu’ils/elles ont connues durant trente-cinq ans ? C’est ce qu’écrit de manière fulgurante Marthe Mukagihana :« Si je produis ces écrits, c’est parce que certains prétendent que le génocide a commencé en 1994 quand l’avion de Habyarimana s’est écrasé ! Mais… Quand on a brûlé nos maisons, cet avion s’était-il déjà écrasé ? Quand j’effectuais toutes ces pérégrinations au Burundi ou au Congo, cet avion s’était-il déjà écrasé ? Quand on a commencé à nous dire que nous sommes originaires d’Abyssinie, cet avion s’était-il déjà écrasé ? En 1959, quand les gens fuyaient pour se réfugier à l’étranger, quelle était l’origine de leur exil ? N’est-ce pas précisément à cette époque que le processus génocidaire a été enclenché3 ? » Lire la suite

Universitaires, nous nous déclarons « complices » des gilets jaunes face aux dérives autoritaires du pouvoir

Le 18 mars 2019, au moment où 65 personnalités intellectuelles participaient à un simulacre de débat avec le président de la République, et après avoir limogé un préfet de Paris jugé encore trop avare en LBD et grenades (malgré de nombreux blessés dont un éborgné), le Premier ministre annonçait une série de mesures répressives sans précédent. Non content d’interdire administrativement de manifestation des individus supposés dangereux, le gouvernement entend maintenant empêcher les rassemblements dans des zones entières, créer des « unités anticasseurs » aux pouvoirs renforcés et utiliser des drones et des moyens de marquage chimique des manifestants. Lire la suite

Bal macabre au Brésil : le clan Bolsonaro, l’extrême droite et les milices

Les révélations récentes de la presse brésilienne sur les liens entre le fils aîné du président Bolsonaro et l’une des plus dangereuses organisations criminelles de Rio, soupçonnée notamment de l’assassinat de la jeune conseillère progressiste Marielle Franco, le 14 mars 2018, jettent une lumière crue sur la proximité entre l’extrême droite politique et les milices urbaines qui contrôlent une partie des quartiers périphériques de la ville. Les mesures prises par l’actuel gouvernement offrent à ces groupes paramilitaires de nouvelles marges de manœuvre pour opérer en toute impunité, tandis qu’elles annoncent pour les défenseurs des droits humains, les minorités et les populations marginalisées des heures encore plus sombres. Lire la suite

Préface à l’édition française du livre de Leila Al-Shami & Robin Yassin-Kassab : Burning Country. Au cœur de la révolution syrienne

Avec l’aimable autorisation des Editions l’échapée

« Qui devient seigneur d’une cité accoutumée à vivre libre et ne la détruit point, qu’il s’attende à être détruit par elle, parce qu’elle a toujours pour refuge en ses rébellions le nom de la liberté et ses vielles coutumes, lesquelles ni par la longueur du temps ni pour aucun bienfait ne s’oublieront jamais. Et pour choses qu’on y fasse et qu’on y pourvoie, si ce n’est d’en chasser ou d’en disperser les habitants, ils n’oublieront point ce nom ni ces coutumes, et en toute occasion y auront aussitôt recours. » Machiavel

« Après le printemps »

Au moment de sa première parution en langue anglaise en 2015, Burning Country semblait arriver bien tard pour rendre grâce à la révolution, déjà noyée sous un déluge de feu. Proposer un tel livre au public francophone, au moment même où Assad et ses alliés russes et iraniens achèvent la reconquête des dernières portions du pays tenues par les rebelles, a quelque chose d’inactuel. Le temps médiatique est déjà passé sur la révolution syrienne et il ne semble plus y avoir de place pour un propos, autre qu’humanitaire, sur le calvaire des populations civiles qui fuient les décombres. Face à l’effacement programmé de la séquence révolutionnaire en Syrie, reste le sentiment – partagé par beaucoup d’exilés syriens dont nous avons croisé le chemin – que ni la guerre totale menée par Bachar, ni la dépolitisation active menée par l’actualité occidentale, ni même le révisionnisme d’une partie de la gauche anti-impérialiste et de ses alliés de circonstance d’extrême droite, n’auront raison du feu qui a pris dans les profondeurs. Ce feu qui a soulevé une génération entière au simple signal que fut l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010, dans une bourgade tunisienne brutalement tirée de l’anonymat. Lire la suite